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Foix, Pau, Mauvezin : trois forteresses des Pyrénées qui ont fait l'Histoire
Dossier

Foix, Pau, Mauvezin : trois forteresses des Pyrénées qui ont fait l'Histoire

4 juin 20266 min de lectureChateauxplorer

Lorsque le voyageur remonte les vallées qui s'enfoncent vers la ligne de crête des Pyrénées, il voit surgir, l'une après l'autre, des silhouettes de pierre qui semblent avoir poussé sur les éperons rocheux comme des excroissances naturelles de la ...

Lorsque le voyageur remonte les vallées qui s'enfoncent vers la ligne de crête des Pyrénées, il voit surgir, l'une après l'autre, des silhouettes de pierre qui semblent avoir poussé sur les éperons rocheux comme des excroissances naturelles de la montagne. Ces forteresses ne sont pas là par hasard. Elles racontent, mieux que n'importe quelle chronique, l'histoire tourmentée d'une région qui fut pendant des siècles une zone de frontière mouvante, un carrefour de pèlerins, de marchands et de guerriers, un espace disputé entre couronnes rivales. Trois d'entre elles, échelonnées d'est en ouest le long du piémont, incarnent avec une force particulière cette épopée médiévale du Sud-Ouest : le Château de Foix, le château de Mauvezin et le château de Pau.

Pour comprendre leur raison d'être, il faut d'abord imaginer le paysage politique du Moyen Âge pyrénéen. La frontière entre le royaume de France et les royaumes ibériques — Aragon, Navarre, Castille — n'avait rien de la ligne nette que nous connaissons aujourd'hui. Elle ondulait au gré des alliances matrimoniales, des traités et des coups de force. Les comtes de Foix, les vicomtes de Béarn, les rois de Navarre jouaient un jeu d'équilibriste permanent entre Paris, Londres et Saragosse, tantôt vassaux, tantôt rebelles, toujours soucieux de préserver leur autonomie. Sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, les pèlerins franchissaient les cols en longues files, apportant avec eux des nouvelles, de l'argent et des idées. La guerre de Cent Ans, enfin, ajoutait à cette complexité la menace anglaise, présente en Aquitaine depuis le mariage d'Aliénor. Dans ce contexte, chaque promontoire rocheux devenait un enjeu stratégique, et l'art de la fortification se mêlait intimement à la géographie.

Le château de Foix est sans doute celui qui frappe le plus violemment l'imagination. Planté sur un roc calcaire qui domine le confluent de l'Arget et de l'Ariège, il dresse vers le ciel trois tours massives dont les silhouettes inégales composent un profil reconnaissable entre tous. La tour ronde, la plus ancienne, remonte au moins au XIe siècle ; la tour carrée centrale et la tour ronde nord ont été élevées ou remaniées aux XIIIe et XIVe siècles. L'ensemble est un condensé d'architecture défensive pyrénéenne : murailles épaisses taillées dans le calcaire local, courtines épousant la crête du rocher, ouvertures réduites au minimum pour résister aux machines de siège. Simon de Montfort lui-même, en pleine croisade contre les Albigeois, renonça à le prendre. Le château fut la résidence des comtes de Foix, une lignée de seigneurs ambitieux et souvent turbulents, dont le plus célèbre reste Gaston III, dit Gaston Phébus. Prince lettré, chasseur passionné, diplomate redoutable, Phébus régna sur le comté de Foix et la vicomté de Béarn dans la seconde moitié du XIVe siècle. Il est l'auteur du Livre de la Chasse, un traité cynégétique enluminé qui reste l'un des joyaux de la littérature médiévale. Après les fastes de Phébus, le château connut un long déclin : il servit de prison jusqu'au XIXe siècle, ses salles voûtées accueillant des détenus plutôt que des banquets. Classé monument historique, il abrite aujourd'hui un musée départemental consacré à l'histoire de l'Ariège, où armes, objets de la vie quotidienne et maquettes restituent la puissance passée de la forteresse.

À une centaine de kilomètres à l'ouest, dans les Hautes-Pyrénées, le château de Mauvezin occupe un promontoire isolé d'où le regard embrasse un panorama à couper le souffle : la plaine de Tarbes au nord, la chaîne des Pyrénées au sud, avec le pic du Midi de Bigorre en toile de fond. C'est encore Gaston Phébus que l'on retrouve ici. Le comte fit reconstruire et renforcer la forteresse au XIVe siècle pour verrouiller la route entre Bigorre et Béarn. Le donjon carré, haut de plus de trente mètres, les courtines flanquées de tours d'angle, les archères en croix pattée témoignent d'une conception militaire rigoureuse, adaptée à un terrain escarpé où chaque mètre de muraille devait compenser l'absence de fossé en eau. Longtemps laissé à l'abandon, Mauvezin a fait l'objet d'une restauration patiente, portée notamment par l'association Escòla Gaston Fébus, qui y organise des reconstitutions médiévales et des expositions sur la culture gasconne. Le château est devenu un lieu de mémoire vivant, où l'on parle encore la langue d'oc entre deux démonstrations de taille de pierre.

Le château de Pau, enfin, offre un visage très différent. S'il fut à l'origine une forteresse médiévale — Phébus y séjourna et fit ériger le donjon de brique —, il s'est transformé au fil des siècles en résidence de plaisance. Les rois de Navarre, et singulièrement Henri d'Albret et Marguerite de Navarre, l'aménagèrent dans le goût de la Renaissance, ouvrant de larges fenêtres sur le gave et les jardins. C'est là, le 13 décembre 1553, que naquit le futur Henri IV, dont la légende veut que les lèvres aient été frottées d'ail et humectées de jurançon. Ce berceau, une carapace de tortue exposée dans la chambre natale, est devenu le symbole du château. Au XIXe siècle, Louis-Philippe puis Napoléon III entreprirent de vastes travaux pour redonner au lieu son lustre royal, mêlant avec une liberté toute romantique le néogothique et le néo-Renaissance. Devenu musée national, le château de Pau conserve une remarquable collection de tapisseries des Gobelins, de mobilier d'époque et de portraits royaux. Il est le seul des trois à afficher cette double identité de forteresse et de palais, témoignant de la trajectoire singulière du Béarn, passé du statut de vicomté indépendante à celui de berceau de la dynastie des Bourbons.

Ce qui relie ces trois monuments, par-delà leurs différences, c'est d'abord un art de bâtir dicté par la montagne. Les architectes pyrénéens ont travaillé avec ce que le terrain leur offrait : le calcaire à Foix, le schiste et le granite à Mauvezin, la brique et le galet de gave à Pau. Ils ont épousé les reliefs, transformé les falaises en fondations, fait de chaque dénivelé un obstacle supplémentaire pour l'assaillant. C'est ensuite la figure de Gaston Phébus qui tisse un fil rouge entre Foix et Mauvezin, et même Pau : le comte-chasseur a marqué de son empreinte l'ensemble du piémont, laissant partout des murs et une légende.

Aujourd'hui, les trois châteaux se visitent de façon complémentaire. Foix plonge le visiteur dans le Moyen Âge guerrier et cathare ; Mauvezin offre une immersion dans la culture gasconne et l'architecture militaire de montagne ; Pau ouvre sur la Renaissance et la naissance de la France moderne. Des formules de billets jumelés permettent parfois de combiner ces étapes en un itinéraire cohérent, de l'Ariège aux Pyrénées-Atlantiques, en suivant la ligne bleue des sommets. C'est un voyage dans le temps autant que dans l'espace, et l'on en revient convaincu que les Pyrénées ne furent jamais une barrière, mais un monde en soi — un monde de pierre, de vent et de mémoire.

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