Chef-d'œuvre éclectique de 1908 à Sarzeau, la Villa Coëtihuel mêle néo-médiévisme, Art Nouveau et régionalisme breton, sublimée par les grès flammés d'Alexandre Bigot et son spectaculaire hall à double hauteur.
Nichée sur la presqu'île de Rhuys, aux portes du golfe du Morbihan, la Villa Coëtihuel est l'une de ces demeures qui résistent aux classifications. Ni château, ni simple maison de villégiature, elle appartient à cette catégorie rare des œuvres totales, où architecture, céramique et sculpture se fondent en un tout organique d'une cohérence saisissante. Inscrite aux Monuments Historiques depuis 2006, elle témoigne de l'effervescence créatrice qui traversa la Belle Époque, jusque dans les rivages bretons. Ce qui frappe d'emblée, c'est la façade nord, délibérément asymétrique, qui rompt avec toute académie pour mieux affirmer une personnalité propre. Les grès flammés signés Alexandre Bigot — ce céramiste que Hector Guimard conviait pour orner ses propres réalisations parisiennes — habillent les parements extérieurs de nuances mordorées et de reliefs organiques, conférant à la villa une présence presque vivante selon les variations de la lumière atlantique. À l'intérieur, l'expérience atteint son point culminant dans le hall central, vaste volume à double hauteur autour duquel s'articule toute la distribution de la maison. Une galerie à arcades court en surplomb, desservant les chambres de l'étage, tandis qu'en bas le regard est saisi par la richesse du décor de grès flammé qui tapisse murs et sols. Cette scénographie intérieure rappelle les grands halls de châteaux médiévaux réinterprétés à l'aune du symbolisme Art Nouveau. La villa offre au visiteur averti une leçon d'architecture en miniature : comment trois courants esthétiques apparemment distincts — le néo-médiévisme romantique, l'arabesque végétale de l'Art Nouveau et les premières intuitions du régionalisme breton — peuvent coexister sans se contredire, sous la main d'un architecte sachant orchestrer les talents. Le cadre préservé de la presqu'île de Rhuys ajoute à l'ensemble une sérénité mélancolique, typique des grandes villégiatures bretonnes de la Belle Époque.
La Villa Coëtihuel se distingue par son refus de toute symétrie convenue. La façade principale, orientée au nord, se développe selon une composition libre et pittoresque, héritée du néo-médiévisme anglais et de ses déclinaisons françaises : volumes enchevêtrés, toitures à multiples niveaux, bow-windows et tourelles modestes dialoguent avec des bow-windows garnis de grès flammé qui évoquent irrésistiblement le vocabulaire de l'Art Nouveau. Les matériaux associent la pierre locale, le bois des charpentes apparentes et les céramiques de Bigot, dont les tons allant de l'ocre au brun profond s'harmonisent avec le paysage breton environnant. L'organisation intérieure est tout aussi singulière. Le hall central à double hauteur constitue la pièce maîtresse du dispositif spatial : véritable pièce de réception et de circulation, il est couronné par une galerie à arcades depuis laquelle s'ouvrent les chambres de l'étage. Cette solution, qui évoque les grandes halls médiévaux ou les patios méditerranéens réinterprétés, donne à la maison une monumentalité inattendue pour une villa de villégiature. Les décors de grès flammé tapissent aussi bien les espaces extérieurs qu'intérieurs, créant une continuité visuelle et matérielle entre dedans et dehors. Les interventions du sculpteur Le Bourgeois sur les éléments en staff — corniches, chapiteaux, encadrements de baies — ajoutent une dernière couche de sophistication à cet ensemble. La flore bretonne, les motifs marins et les entrelacs végétaux caractéristiques de l'Art Nouveau se mêlent à des références médiévales, illustrant la complexité et la richesse d'un édifice pensé comme une œuvre d'art totale.
Fermé
Vérifier les horaires en saison
Sarzeau
Bretagne