Vestiges de la citadelle gallo-romaine de Vésone
Dernier rempart de la cité antique de Vésone, l'enceinte gallo-romaine de Périgueux dresse ses tours rondes et sa majestueuse porte de Mars depuis le IIIe siècle — un témoignage exceptionnel de la résilience romaine face aux invasions barbares.
Histoire
Au cœur de Périgueux, là où la ville antique de Vésone réécrivit son histoire sous la menace des envahisseurs, se dressent les vestiges d'une enceinte fortifiée qui compte parmi les plus remarquables témoins de l'architecture militaire du Bas-Empire en Gaule. Construite dans l'urgence et la détresse, cette citadelle n'en est pas moins un monument d'une densité historique rare, où chaque pierre raconte à la fois la splendeur perdue d'une cité prospère et la volonté farouche de ses habitants de survivre. Ce qui rend cet ensemble véritablement unique, c'est la nature même de sa construction. Édifiée à sec, sans mortier, avec les débris de la ville dévastée — fûts de colonnes, chapiteaux sculptés, autels votifs — l'enceinte est une sorte de palimpseste architectural : un monument bâti avec les ruines d'autres monuments. Ses courtines de six mètres d'épaisseur et ses vingt-quatre tours rondes constituent une fortification d'une rare cohérence formelle pour une œuvre réalisée dans la précipitation. La porte de Mars, ou porte romaine, est le joyau absolu de l'ensemble. Flanquée de deux tours ornées de pilastres et d'entablements, son archivolte à arcs concentriques témoigne d'un souci esthétique surprenant pour un ouvrage défensif. C'est le monument d'époque romaine le mieux conservé de Périgueux, et l'un des rares de cette nature encore debout en Aquitaine. La visite des vestiges offre une déambulation à la fois archéologique et sensorielle. Le plan ovale de l'enceinte, dont une partie s'appuie sur les gradins de l'amphithéâtre antique, dessine dans le tissu urbain actuel une présence fantomatique mais persistante. Entre herbe folle et pierre millénaire, le promeneur perçoit la topographie d'une ville disparue superposée à celle d'une ville bien vivante. Périgueux, ville d'art et d'histoire nichée au cœur de la Dordogne, offre un cadre remarquable pour cette plongée dans l'Antiquité tardive. À quelques pas du musée Vesunna et de la célèbre tour de Vésone, les vestiges de la citadelle forment avec ces autres monuments un itinéraire gallo-romain d'une richesse sans équivalent dans le Sud-Ouest de la France.
Architecture
L'enceinte de Vésone appartient au groupe des fortifications urbaines du Bas-Empire romain, érigées en Gaule dans la seconde moitié du IIIe siècle en réponse aux invasions germaniques. Son plan ovale, d'environ 900 mètres de périmètre, est caractéristique de ces nouvelles citadelles qui abandonnaient le tracé orthogonal classique au profit d'une forme plus compacte, plus facile à défendre avec des effectifs réduits. Les courtines, d'une épaisseur exceptionnelle de six mètres, étaient flanquées de vingt-quatre tours rondes de huit mètres de diamètre, régulièrement espacées pour permettre un tir de flanquement efficace. L'intégration de l'amphithéâtre comme élément défensif naturel sur l'un des côtés de l'enceinte constitue une particularité technique et urbanistique remarquable. La technique constructive est d'une lisibilité archéologique fascinante : édifiée à sec, sans mortier, l'enceinte est un assemblage de matériaux de remploi prélevés sur les ruines de la ville dévastée. Fûts de colonnes, chapiteaux ioniques et corinthiens, blocs de soubassement, autels votifs — tout ce que l'ancienne cité avait produit de sculpté ou de taillé fut réemployé en un geste de survie architecturale autant qu'économique. Ce palimpseste de pierre constitue aujourd'hui une source documentaire irremplaçable sur l'architecture publique de la Vésone du Haut-Empire. La Porte de Mars, ou porte romaine, est le morceau de bravoure architectural de l'ensemble. Bien que conçue dans un contexte militaire, elle affiche un traitement ornemental soigné : deux tours rondes encadrent le passage, décorées de pilastres et d'un entablement à la manière d'une architecture palatiale. L'archivolte de la baie d'entrée est ornée d'arcs concentriques en faible relief, motif décoratif typique de l'architecture romaine tardive dans les provinces occidentales. Cet équilibre entre fonctionnalité défensive et décorum monumental témoigne de la persistance, même en temps de crise, d'une culture architecturale romaine raffinée.


