Vestiges de l’ancien château et du bourg castral de Castillon
Perché sur un éperon rocheux des Alpilles, le bourg castral de Castillon offre un témoignage saisissant de l'habitat médiéval provençal : ruelles fossilisées, tour de guet et enceinte fortifiée dominent un paysage d'exception.
Histoire
Au cœur de la plaine des Alpilles, à quelques encablures des Baux-de-Provence et du village de Paradou, les vestiges de Castillon constituent l'un des sites castraux les mieux conservés du département des Bouches-du-Rhône. Ce bourg medieval abandonné — un « castrum » au sens plein du terme — se déploie sur un promontoire calcaire typique de la Provence intérieure, offrant aux visiteurs une lecture quasi-archéologique de l'organisation sociale et défensive du Moyen Âge provençal. Ce qui distingue Castillon des nombreuses ruines qui parsèment la région, c'est la lisibilité remarquable de son plan d'ensemble : les rues, les parcelles des maisons, le logis seigneurial et les éléments de l'enceinte restent identifiables malgré les siècles d'abandon et la végétation garrigue qui a repris ses droits. Le site évoque irrésistiblement les « villages perchés » des Alpilles, ces agglomérations nées aux alentours de l'an mil sous la pression des insécurités et des logiques féodales. La visite relève autant de la promenade archéologique que de la randonnée paysagère. En cheminant parmi les pierres sèches effondrées et les murs arasés, le visiteur reconstruit mentalement l'animation d'un village du XIIIe ou XIVe siècle : le forgeron, le curé, le bayle seigneurial, les paysans redescendant aux champs dans la plaine. Les photographes y trouveront des cadrages somptueux, notamment au lever ou au coucher du soleil, lorsque la lumière rasante fait ressortir le relief des ruines dans un jeu de contrastes dorés. L'environnement naturel amplifie l'émotion : les Alpilles, classées depuis 2007 en Parc naturel régional, forment un écrin de calcaire blanc et de végétation méditerranéenne autour du site. Les amateurs de faune et de flore y observeront rapaces, cigales et orchidées sauvages selon la saison. Castillon s'inscrit ainsi dans un réseau de sites emblématiques — les Baux, Fontvieille, Mouriès — qui font de cette microrégion l'un des territoires patrimoniaux les plus denses et les plus séduisants du Midi.
Architecture
Le site de Castillon présente les caractéristiques typiques d'un castrum provençal de l'époque médiévale : une organisation en « arête de poisson », avec une rue principale épousant la crête du promontoire et des ruelles secondaires se ramifiant de part et d'autre vers les pentes. Cette morphologie urbaine fossile, lisible à travers les alignements de pierres sèches et les différences de niveau du terrain, constitue l'intérêt majeur du site pour les archéologues et les historiens de l'habitat médiéval. Le château proprement dit occupe le point le plus élevé de l'éperon, selon la logique immuable de la domination visuelle et symbolique sur le bourg. Il subsiste des portions de courtine en pierre calcaire locale — matériau omniprésent dans les Alpilles — ainsi que les soubassements de ce qui fut probablement une tour maîtresse de plan quadrangulaire, commune aux fortifications provençales des XIIe-XIVe siècles. L'appareil de taille grossière, caractéristique d'une construction à économie de moyens, contraste avec les techniques plus élaborées des châteaux seigneuriaux des grandes dynasties régionales. L'enceinte du bourg, partiellement conservée en élévation sur certains tronçons, délimitait un périmètre de protection englobant la totalité de la communauté villageoise. Les maisons, adossées à cette muraille ou construites en terrasses successives sur la pente, étaient édifiées en petit appareil calcaire avec des toitures en lauzes ou en tuiles canal. L'ensemble révèle un urbanisme contraint mais cohérent, entièrement conditionné par la topographie du rocher et par les impératifs défensifs de l'époque féodale.


