Au cœur de l'antique Fanum Martis, les vestiges du Clos-Mulon révèlent les fastes d'une villa gallo-romaine exceptionnelle, témoin de la romanisation profonde de l'Armorique au tournant de notre ère.
À Corseul, ancienne capitale de la cité des Coriosolites, les vestiges archéologiques du Clos-Mulon s'imposent comme l'un des témoignages les plus précieux de la présence romaine en Bretagne. Enfouis sous les terres agricoles de ce bourg du pays de Dinan, ces ruines constituent les restes d'une vaste villa antique qui prospéra entre le Ier et le IVe siècle de notre ère, époque où Corseul — alors connue sous le nom de Fanum Martis — rayonnait comme un véritable carrefour administratif et commercial du nord-ouest de la Gaule. Ce qui rend le Clos-Mulon véritablement singulier, c'est l'ampleur de son emprise au sol et la qualité architecturale des structures mises au jour. Les fouilles successives ont révélé un ensemble de bâtiments organisés selon un plan rationnel typiquement romain : corps de logis principal, ailes de communs, thermes privés et dépendances agricoles s'articulant autour d'une cour centrale. Les vestiges de sols en béton de tuileau, de mosaïques géométriques et de systèmes d'hypocauste témoignent d'un niveau de confort et d'un statut social élevés pour les occupants de cette demeure. La visite des vestiges du Clos-Mulon offre une expérience à la fois contemplative et didactique. Intégrés dans un environnement rural préservé, les ruines permettent de percevoir la puissance et l'élégance de l'architecture domestique romaine en contexte provincial. Des panneaux interprétatifs accompagnent le visiteur dans la lecture de cet espace, restituant par le texte et l'image la physionomie d'une demeure dont les murs affleurent encore çà et là, tels des fragments d'une mémoire obstinément vivace. Le cadre bocager de la campagne bretonne, avec ses champs bordés de haies et ses horizons doux, confère à ce site une atmosphère apaisante qui contraste avec la densité historique enfouie sous nos pieds. Pour le visiteur attentif, la confrontation entre ce paysage breton immuable et les structures romaines affleurantes produit une émotion archéologique rare, un véritable dialogue entre deux civilisations séparées par dix-sept siècles.
La villa du Clos-Mulon répond aux caractéristiques typiques des grandes villae rusticae du nord-ouest de la Gaule romaine, organisées selon un plan axial symétrique. Le complexe comprend une pars urbana — partie résidentielle de la demeure — dotée d'un corps central flanqué de deux ailes en saillie formant une façade en U ouverte sur une cour intérieure. Cette disposition, héritée de l'architecture domestique italique, était couramment adoptée dans les résidences de prestige des provinces gauloises du Ier au IVe siècle. Les matériaux de construction identifiés lors des fouilles associent le moellon de granite local et le schiste armoricain, liés à la chaux, avec des parements de briques cuites pour les structures thermales. Les sols des pièces de réception étaient revêtus de béton de tuileau (opus signinum) teint en rouge, parfois orné de motifs géométriques en tesselles de calcaire blanc, tandis que les pièces de service présentaient des sols de terre battue ou de mortier brut. Les murs conservaient les traces d'enduits peints, dont certains fragments polychromes ont été mis au jour lors des fouilles. L'équipement thermal de la villa constitue l'un de ses éléments architecturaux les plus remarquables. Le système d'hypocauste — plancher surélevé sur pilettes de briques carrées (pilae) permettant la circulation de l'air chaud — a été dégagé dans plusieurs pièces, révélant l'ampleur des bains privés. L'ensemble des structures thermales couvrait vraisemblablement une superficie de plusieurs centaines de mètres carrés, dotant la villa d'un confort comparable à celui des grandes demeures urbaines de la province.
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