Tour de Vésone
Vestige saisissant de la Gaule romaine, la Tour de Vésone dresse à Périgueux son fût cylindrique de 21 mètres, unique rescapée du cella d'un temple dédié à la déesse tutélaire de la cité antique.
Histoire
Au cœur de Périgueux, dans le quartier gallo-romain de la Cité, la Tour de Vésone surgit des jardins comme une apparition venue du IIe siècle. Ce cylindre de maçonnerie romaine, haut de vingt et un mètres, est tout ce qui subsiste de l'une des plus grandes cellae de Gaule – le sanctuaire intérieur d'un temple monumental dédié à Vesunna, déesse protectrice de la ville antique de Vesunna Petrucoriorum. Sa silhouette blessée, marquée d'une brèche profonde ouverte au fil des siècles, lui confère une majesté mélancolique que nul autre vestige de la région ne possède. Ce qui rend la tour véritablement unique, c'est la lisibilité de sa construction : on y observe, superposés sur toute la hauteur du fût, les caractéristiques de l'opus mixtum romain – alternance de moellons calcaires soigneusement taillés et de cordons de briques formant des bandeaux horizontaux réguliers. Ces assises de régularisation, espacées avec une précision presque métronomique, témoignent de la maîtrise technique des bâtisseurs romains de la province d'Aquitaine. La tour ne fut jamais un édifice défensif mais bien le noyau sacré d'un temple à galerie circulaire, entouré d'une colonnade dont des fragments de chapiteaux, de fûts et de bases ont été retrouvés au fil des fouilles. Visiter la Tour de Vésone, c'est cheminer entre deux mondes : le musée Vesunna, dessiné par Jean Nouvel et ouvert en 2003, dialogue en verre et acier avec les ruines romaines toutes proches, créant une expérience architecturale et temporelle saisissante. Le site archéologique voisin dévoile les vestiges d'une domus patricienne avec ses mosaïques et ses hypocaustes, tandis que la tour se dresse, solitaire et souveraine, au centre de jardins paisibles que traversent les promeneurs sans toujours mesurer l'extraordinaire présence qu'ils côtoient. Le cadre est propice à la méditation autant qu'à la photographie : selon l'heure et la saison, la lumière dorée du Périgord joue sur les parements de calcaire et de brique, révélant les textures et les cicatrices du temps. La Tour de Vésone est à la fois monument, énigme et symbole – celui d'une ville qui porta pendant des siècles le nom de sa déesse avant de se souvenir qu'elle avait aussi été, et resterait, Périgueux.
Architecture
La Tour de Vésone présente un plan rigoureusement cylindrique, avec un diamètre extérieur d'environ 17 mètres pour une élévation conservée de 21 mètres au-dessus du sol actuel. Sa construction illustre parfaitement la technique romaine de l'opus mixtum : un cœur de béton de chaux et de moellons bruts (opus incertum) est parementé sur ses deux faces de petits moellons calcaires taillés avec soin, formant un opus vittatum régulier. Ce parement se poursuit sans discontinuité jusqu'à une hauteur de 13 mètres, au-dessus de laquelle apparaissent les premiers cordons de briques plates caractéristiques de l'architecture romaine d'Aquitaine. Ces assises de régularisation se répètent ensuite tous les 1,32 mètres environ jusqu'au sommet, scandant la verticalité du fût d'un rythme bichrome calcaire-terre cuite. À 4,50 mètres du sol, des pierres de taille traversent le mur dans toute son épaisseur et formaient à l'intérieur des consoles saillantes, probables supports d'une galerie ou d'un plancher intermédiaire. Du côté oriental, une ouverture soigneusement encadrée de blocs en pierre de taille constituait la porte principale de la cella, orientée vers l'espace du temenos. La brèche actuelle, distincte de cette ouverture d'origine, résulte de destructions médiévales ou de spoliations de matériaux. Des traces d'enduit au mortier de tuileau – ce plâtre rosé si caractéristique des constructions romaines – subsistent par plaques sur le parement intérieur et extérieur, témoignant d'un traitement de surface soigné qui devait recouvrir l'intégralité de la surface visible. Les fragments architecturaux retrouvés à proximité – chapiteaux, tambours de colonnes, bases et pilastres – évoquent la colonnade de la galerie péristyle qui entourait la tour, probablement d'ordre corinthien, conférant à l'ensemble un caractère monumental digne de la capitale d'une grande cité provinciale romaine.


