
Sentinelle médiévale au cœur de Tours, la tour Foubert dresse depuis le XIIe siècle ses arcatures en arc brisé, vestige saisissant de l'enceinte de Châteauneuf reconverti en demeure baroque.

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Dissimulée dans le tissu urbain de Tours, la tour Foubert — ou tour Fulbert — est l'un de ces monuments discrets qui recèlent des siècles d'histoire dans leurs pierres silencieuses. Érigée au XIIe siècle comme ouvrage de défense avancé de l'enceinte de Châteauneuf, elle formait avec la tour des Pucelles, plus au nord, un dispositif défensif protégeant la porte de l'Écrignole, l'une des entrées névralgiques de ce quartier canonial lié à la prestigieuse collégiale Saint-Martin. Inscrite aux Monuments Historiques depuis 1948, elle incarne à elle seule la superposition des âges qui fait la richesse du patrimoine tourangeau. Ce qui distingue la tour Foubert de la masse des vestiges médiévaux, c'est précisément la lisibilité de sa mutation architecturale. En un seul édifice coexistent la rigueur militaire du XIIe siècle — un plan carré strict, des murs épais, une élévation à trois étages — et la grâce ornementale du XVIIe siècle, époque à laquelle le chapitre de Saint-Martin transforma la forteresse en maison d'habitation. L'adjonction d'un corps de logis oriental abritant un escalier à rampes droites en bois, dont le départ se pare d'une somptueuse volute sculptée de rinceaux, de palmes et d'un médaillon surmonté d'une croix, témoigne de l'ambition décorative des chanoines tourangeaux. La visite de la tour Foubert s'apparente à une lecture directe dans la pierre. Les arcatures aveugles du troisième étage, avec leurs quatre arcs brisés retombant sur des colonnettes à chapiteaux feuillagés, constituent un témoignage rare et précieux de l'architecture romane tardive en milieu urbain. Ces éléments sculptés, à la fois fonctionnels et décoratifs, rappellent que même les ouvrages militaires du XIIe siècle n'échappaient pas à la recherche esthétique. Le cadre dans lequel s'inscrit la tour participe pleinement à l'émotion patrimoniale. Le vieux Tours, avec ses hôtels à colombages, ses ruelles pavées et l'ombre tutélaire de la basilique Saint-Martin toute proche, forme un écrin cohérent pour ce vestige. L'amateur d'histoire y lira la stratification des pouvoirs — militaire, religieux, civil — qui ont façonné la cité ligérienne au fil des siècles.
La tour Foubert présente un plan carré caractéristique des ouvrages défensifs romans du XIIe siècle, développant trois étages sur rez-de-chaussée. Si la tour a été primitivement plus élevée — son sommet actuel résultant vraisemblablement de démolitions ou de dégradations successives —, elle conserve une volumétrie imposante qui témoigne de son rôle militaire originel. Les murs, épais et construits en pierre de tuffeau, ce calcaire tendre si caractéristique de la Touraine, assurent à l'édifice une inertie thermique et une robustesse qui lui ont permis de traverser les siècles. L'élément architectural le plus remarquable demeure l'arcature aveugle qui orne le troisième étage de chaque façade. Ce décor, composé de quatre arcs brisés reposant sur des colonnettes à chapiteaux sculptés de feuillages, constitue un exemple éloquent de l'ornementation romane tardive appliquée à un édifice à vocation défensive. La qualité de la taille des chapiteaux, leurs motifs végétaux stylisés, rapproche la tour des ateliers de sculpture actifs dans l'orbite de la collégiale Saint-Martin au XIIe siècle. Ces arcatures, purement décoratives, révèlent la volonté de conférer à un ouvrage militaire une dignité formelle digne de son commanditaire ecclésiastique. La transformation du XVIIe siècle introduisit une grammaire architecturale différente mais non sans qualité. Le corps de logis oriental, plus léger de construction, abritait un escalier intérieur à rampes droites en bois, dont la rampe elle-même constitue un exemple caractéristique du décor menuisé baroque de la première moitié du XVIIe siècle tourangeau : volute d'attaque sculptée de rinceaux entrelacés, de palmes et d'un médaillon surmonté d'une croix. Ce motif héraldique, sans doute conçu pour recevoir les armoiries du chapitre Saint-Martin, confère à l'ensemble une élégance raffinée qui tranche avec la sévérité de la tour médiévale.
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