Au cœur de Rennes, le Théâtre et ses Galeries forment un écrin néoclassique d'exception, couronné par un plafond breton signé Lemordant — joyau urbain rescapé des flammes et gardien d'une place chargée d'histoire.
Planté sur une place dont le sol recouvre encore les cendres de l'incendie de 1720, le Théâtre de Rennes et ses Galeries constituent l'un des ensembles urbains les plus cohérents et les plus élégants de la capitale bretonne. Encadré par deux ailes symétriques à arcades, l'édifice dialogue avec la rigueur classique gabriellienne pour former une perspective digne des grandes scènes lyriques françaises du XIXe siècle. Ce qui rend ce lieu véritablement singulier, c'est la tension permanente entre la pierre froide de la façade et la chaleur vivante de l'intérieur. Le plafond de la salle de spectacle, orné d'une farandole bretonne peinte par Jean-Julien Lemordant, artiste aveugle au terme de sa vie mais peintre visionnaire, transforme chaque représentation en une double expérience artistique : celle de la scène et celle du regard levé vers la voûte. Les Galeries du Théâtre, construites au deuxième quart du XIXe siècle selon l'ordonnance imposée par Jacques-Ange Gabriel pour la reconstruction de Rennes, prolongent l'édifice sur ses flancs avec leurs trois étages réguliers et leur rez-de-chaussée à arcades. Ce passage couvert, lieu de promenade bourgeoise par excellence, confère à l'ensemble une atmosphère à mi-chemin entre le Palais-Royal parisien et les galeries commerciales romantiques. La place elle-même mérite toute l'attention du visiteur. Remblayée sur les décombres du grand incendie qui ravagea Rennes en 1720, elle a porté plusieurs noms au fil des régimes politiques avant d'adopter définitivement celui de Place du Théâtre en 1832 — un nom sobre qui dit tout de l'ambition culturelle de la ville. Les terrasses de cafés qui la bordent aujourd'hui s'inscrivent dans une tradition de sociabilité urbaine remontant à la monarchie de Juillet. Pour le photographe comme pour le mélomane, pour le promeneur curieux d'histoire comme pour l'amateur d'architecture, cet ensemble protégé au titre des Monuments Historiques offre une expérience rare : celle d'un monument vivant, toujours en représentation, où la pierre et la peinture racontent trois siècles de culture bretonne et française.
L'ensemble architectural du Théâtre de Rennes et de ses Galeries s'inscrit dans la tradition néoclassique française héritée du XVIIIe siècle. La façade du théâtre, reconstruite à l'identique par Millardet après l'incendie de 1856, présente les caractéristiques du style Louis-Philippe épuré : colonnes engagées, fronton sculpté, ordonnancement rigoureux des baies. L'élévation sobre mais imposante affirme la dignité de l'institution culturelle sans verser dans l'ostentation. Les deux immeubles des Galeries qui flanquent le théâtre constituent la partie la plus directement lisible de l'héritage gabriellien. Conformes à l'ordonnance imposée lors de la reconstruction de Rennes après 1720, ils présentent trois étages au-dessus d'un rez-de-chaussée à arcades formant galerie couverte. Ce dispositif, caractéristique des places royales françaises, crée une continuité de déambulation abritée et dessine une perspective urbaine harmonieuse. La régularité des travées, la pierre de taille claire, les proportions mesurées : tout concourt à cette image de sérénité classique. L'intérieur du théâtre réserve sa surprise majeure au plafond de la salle de spectacle, où la farandole bretonne de Lemordant déploie ses couleurs chaudes et ses figures en mouvement. Cette œuvre murale d'inspiration régionaliste, exécutée à l'encaustique sur toile marouflée, contraste avec la rigueur extérieure du bâtiment et rappelle que l'architecture de spectacle est aussi un art du dedans. La salle à l'italienne, avec ses rangées de loges superposées, offre une acoustique et une intimité particulièrement appréciées des habitués de la scène rennaise.
Fermé
Vérifier les horaires en saison
Rennes
Bretagne