Unique au monde, cette carrière souterraine mérovingienne révèle les secrets de la fabrication des sarcophages du VIe siècle : un labyrinthe de galeries fossilisé dans le calcaire coquillier du Maine-et-Loire.
Enfoui sous les terres douces de l'Anjou, le site de la Seigneurie à Doué-la-Fontaine constitue une fenêtre ouverte sur l'artisanat funéraire du haut Moyen Âge. Ce réseau souterrain, s'étendant sur près d'un hectare, est à ce jour le seul site connu et fouillé au monde où l'on peut encore lire, dans la pierre elle-même, l'ensemble du processus de fabrication des sarcophages mérovingiens. Une rareté archéologique absolue. Le visiteur qui s'engage dans les galeries creusées dans le calcaire coquillier — cette roche blonde et tendre si caractéristique du Val de Loire — pénètre dans un atelier du VIe siècle miraculeusement conservé. Les traces d'outils sur les parois, les ébauches abandonnées, les couloirs calibrés pour le passage des cuves : tout témoigne d'une organisation du travail d'une sophistication inattendue pour l'époque. La carrière n'est pas un simple trou dans la terre, c'est une usine souterraine. L'expérience de visite est saisissante par son caractère immersif et intimiste. Loin des reconstitutions muséographiques artificielles, ici la matière originale parle d'elle-même. Les systèmes d'aération, les niches d'éclairage taillées pour recevoir des lampes à huile, les glissières d'évacuation des sarcophages : chaque détail architectural raconte un geste ouvrier vieux de quinze siècles. La fraîcheur constante des galeries et la pénombre dorée du calcaire créent une atmosphère recueillie, presque liturgique. Le site s'inscrit dans un territoire exceptionnellement riche en patrimoine souterrain. Doué-la-Fontaine, surnommée « la ville troglodytique », est en effet creusée de caves, d'habitats rupestres et de galeries qui constituent un sous-sol aussi habité que la surface. La Seigneurie en est le joyau archéologique, classé Monument Historique en 1998 au terme de campagnes de fouilles qui ont révolutionné la compréhension de l'artisanat mérovingien en Occident.
Le site de la Seigneurie appartient à la grande famille des carrières souterraines en chambre et piliers, une technique d'extraction en souterrain qui consiste à creuser des galeries en conservant des massifs rocheux debout — les piliers — pour éviter l'effondrement du plafond. Dans le cas de la Seigneurie, ces galeries s'organisent sur près d'un hectare en un réseau relativement orthogonal, dicté par la logique d'exploitation des bancs calcaires et par la nécessité d'optimiser le rendement tout en garantissant la sécurité des carriers. Le matériau exclusif est le calcaire coquillier local, dit falun ou tuffeau jaune selon les nuances géologiques locales. Cette roche se distingue par sa relative tendreté à l'extraction — ce qui explique sa faveur auprès des tailleurs de pierre médiévaux — et par sa solidification progressive au contact de l'air, caractéristique qui en fait un matériau de construction de grande qualité une fois mis en œuvre. Les parois des galeries conservent les traces directes des outils utilisés par les carriers du VIe siècle : pics, ciseaux et coins en fer ou en bois ont laissé leurs empreintes dans la pierre. Parmi les éléments architecturaux les plus remarquables figurent les dispositifs techniques intégrés à la roche : niches taillées pour les lampes à huile assurant l'éclairage des carriers, cheminées d'aération verticales remontant vers la surface, et surtout les glissières ou couloirs calibrés spécifiquement aux dimensions des sarcophages pour leur évacuation. Ces aménagements témoignent d'une ingénierie souterraine empirique mais efficace, parfaitement adaptée aux contraintes d'une production en volume.
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Doué-la-Fontaine
Pays de la Loire