Manoir de Sautet
Discret joyau du Périgord Noir, le manoir de Sautet révèle l'élégance d'une chartreuse périgourdine du XVIIe siècle, rehaussée de pavillons Louis XV et de lucarnes ovales à fronton couronné de pots à feu.
Histoire
Niché dans la douceur vallonnée du Périgord Noir, à Molières, le manoir de Sautet incarne avec une sobriété raffinée l'idéal de la maison de plaisance française des XVIIe et XVIIIe siècles. Loin de l'ostentation des grandes demeures, il déploie une architecture de la mesure et de l'équilibre, où chaque détail trahit le goût d'une noblesse provinciale éprise d'ordre et de grâce classique. Ce qui distingue le Sautet d'un simple manoir rural, c'est précisément la cohérence de son parti architectural : le corps central du XVIIe siècle, sévère et rectiligne, s'est vu prolongé au siècle suivant de deux pavillons en retour qui encadrent la façade comme des bras ouverts, définissant une terrasse à la fois intime et cérémonielle. Les trois grandes portes-fenêtres à arc surbaissé qui percent la façade principale confèrent à l'ensemble une légèreté presque italienne, jouant habilement avec la lumière dorée du Périgord. Le visiteur attentif lèvera les yeux vers les combles pour découvrir les lucarnes ovales, véritable signature baroque de l'édifice : encadrées de volutes et de courbes en pierre, elles sont coiffées d'un fronton circulaire d'où s'élève un pot à feu, ornement caractéristique du répertoire décoratif français du Grand Siècle. Ce vocabulaire sculpté contraste délicieusement avec la sobriété du reste de la façade. La terrasse qui s'étend entre les deux pavillons, accessible par un escalier à double volée, invite à une pause contemplative. De là, le regard embrasse les terres boisées du Périgord Noir, ce paysage de châtaigniers et de chênes qui constituait jadis le territoire de chasse des seigneurs de Cugnac. L'atmosphère y est celle d'un temps suspendu, préservé des grandes routes touristiques. Bien que discret dans le paysage patrimonial de la Dordogne, le manoir de Sautet représente un témoignage précieux de l'architecture de plaisance provinciale, inscrit aux Monuments Historiques depuis 1972 et conservé dans un état qui rend justice à ses deux siècles de construction progressive.
Architecture
Le manoir de Sautet appartient au type architectural dit de la « chartreuse », forme spécifique à la Guyenne et au Périgord qui se caractérise par un corps de bâtiment bas, développé en longueur, sans étage noble et directement ouvert de plain-pied sur l'extérieur. Ce parti, inspiré des résidences de la région bordelaise, répond à la fois à un idéal de vie champêtre et à un climat favorable aux grandes baies permettant de faire entrer la lumière et l'air. Le plan de l'édifice, en son état actuel, adopte une composition en U : le corps central rectangulaire du XVIIe siècle, sobre et équilibré, est flanqué de deux pavillons légèrement en retour ajoutés au XVIIIe siècle, qui définissent entre eux une terrasse d'apparat précédant la façade principale. La façade se signale par trois grandes portes-fenêtres à arc surbaissé qui occupent toute la hauteur utile du bâtiment, procédé classique qui efface la distinction entre porte et fenêtre pour créer un dialogue fluide entre intérieur et extérieur. L'arc surbaissé, caractéristique du vocabulaire baroque et classique du XVIIIe siècle, confère à l'ensemble une horizontalité élégante. Au-dessus, les combles sont animés par des lucarnes ovales encadrées de courbes et de volutes en pierre sculptée, surmontées d'un fronton circulaire que couronne un pot à feu — ornement de pierre évoquant une flamme ou un bouquet stylisé, typique du répertoire décoratif français du Grand Siècle et de la Régence. La terrasse, accessible par un escalier à volée centrale, souligne la composition symétrique de l'ensemble et offre un espace de transition soigné entre l'architecture et le paysage périgordin environnant.


