Perdue dans les landes du Centre-Bretagne, la chapelle de Lannégant livre ses ruines gothiques et Renaissance au silence des genêts — avec ses mystérieux singes de pierre veillant sur le clocher-mur.
Au cœur du pays de Corlay, dans la commune de Lanrivain, les ruines de la chapelle de Lannégant constituent l'un des témoignages les plus émouvants de l'architecture religieuse bretonne médiévale. Abandonnée depuis le début du XIXe siècle, envahie par la végétation, elle n'en conserve pas moins une dignité remarquable qui saisit le visiteur dès les premiers pas sur le site. Ce qui rend Lannégant absolument unique, c'est la coexistence de deux âmes architecturales en un même lieu : un gothique flamboyant du XIVe siècle, austère et fervent, et une touche Renaissance du XVIe siècle, plus fantaisiste, visible dans la porte sculptée et dans les ornements à fleurs de lys. Les fenêtres à gâbles et les fenestrages ornés témoignent d'un atelier maître qui œuvrait simultanément à l'église voisine de Magoar, révélant une cohérence artistique et géographique fascinante pour les amateurs d'histoire de l'art. La visite des ruines relève d'une expérience presque archéologique. On progresse parmi les vestiges de la nef, on devine l'articulation des arcades qui séparaient autrefois la chapelle latérale sud de la nef principale, on lève les yeux vers le clocher-mur où les singes de pierre — singulier motif décoratif — semblent observer les visiteurs avec une ironie bienveillante. Le chevet plat perce encore le ciel de sa fenêtre gothique, fragment d'éternité suspendu entre deux silences. Le cadre naturel amplifie l'atmosphère : les environs de Lanrivain, paysage bocager et légèrement vallonné du Centre-Bretagne, offrent une tranquillité rare. La chapelle se découvre au détour d'un chemin, comme une apparition, loin des grands flux touristiques. C'est un monument pour les amateurs de patrimoine authentique, pour les photographes en quête de ruines romantiques baignées de lumière rasante, et pour tous ceux qui cherchent à toucher du doigt la Bretagne profonde, celle des seigneurs locaux et des ateliers de tailleurs de pierre itinérants.
La chapelle de Lannégant adopte un plan typique des chapelles rurales bretonnes de la fin du Moyen Âge : une nef unique flanquée d'une chapelle latérale au sud, dont elle est séparée par deux arcades ogivales. Ce dispositif, courant dans les fondations seigneuriales, permettait de réserver un espace liturgique distinct — souvent dédié à la Vierge ou à un saint patron — pour la famille fondatrice. Le chevet plat, caractéristique du gothique breton, est percé d'une fenêtre du XIVe siècle dont les remplages révèlent la maîtrise des tailleurs de pierre locaux. La façade sud, la plus richement ornée, présente des fenêtres à gâbles fleuronnés strictement identiques à ceux de l'église de Magoar, preuve irréfutable de l'unité d'atelier. Les fenestrages à fleurs de lys constituent une signature décorative rare et précieuse, mêlant symbolique royale et tradition locale. La porte Renaissance, probablement datée du premier tiers du XVIe siècle, tranche avec la sobriété gothique de l'ensemble : ses moulures et ses décors sculptés témoignent de la pénétration des formes nouvelles venues d'Italie jusqu'aux confins du Centre-Bretagne. L'élément le plus singulier demeure le clocher-mur, dont l'amortissement du pignon est orné de singes sculptés — motif animalier inhabituel dans le répertoire décoratif des chapelles bretonnes, peut-être héritage d'une iconographie médiévale jouant sur le thème des « singeries » grotesques. Le clocheton sur pignon, qui conserve un escalier circulaire couvert d'un dôme, constitue une solution architecturale élégante et originale pour l'accès aux cloches, rappelant certaines tours-lanternes de la région.
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