Château de Roquemartine (vestiges du)
Perché sur un éperon rocheux dominant la plaine de la Crau, le château de Roquemartine dresse ses vestiges médiévaux entre ciel et garrigue, témoins silencieux d'une seigneurie provençale des XIe-XIIe siècles.
Histoire
Au-dessus du village d'Eyguières, dans les Alpilles, les ruines du château de Roquemartine surgissent de la roche calcaire comme une excroissance naturelle, offrant au regard un panorama saisissant sur la plaine de la Crau et les reliefs dentelés des Alpilles. Ce château médiéval, dont il ne subsiste aujourd'hui que des vestiges imposants, appartient à cette constellation de forteresses provençales qui jalonnaient les hauteurs pour surveiller les routes de la Méditerranée intérieure. Ce qui distingue Roquemartine, c'est moins son état de conservation que la qualité de son implantation et la puissance évocatrice de ses ruines. Les restes de tours, de courtines et de maçonneries cyclopéennes s'intègrent avec une cohérence presque minérale au paysage des Alpilles, comme si la roche elle-même avait sécrété ces murs au fil des siècles. Le site inspire les photographes et les amateurs de peinture de plein air, qui retrouvent dans cette lumière provençale la même vibration que cherchait Cézanne dans les paysages de la région. L'expérience de visite relève autant de la randonnée que de la découverte patrimoniale. Le cheminement jusqu'aux ruines traverse une végétation typique de la garrigue — chênes verts, romarins, thym et genévriers — qui embaume les matinées d'été. Depuis les hauteurs du château, le regard embrasse la plaine jusqu'à l'étang de Berre et, par temps clair, la mer scintille à l'horizon. Classé parmi les Monuments Historiques depuis 1926, le château de Roquemartine incarne la mémoire d'une aristocratie provençale qui bâtissait ses pouvoirs sur la pierre et sur les vents. Ses murs éventrés par les siècles gardent intacte cette capacité à raconter, pour peu que l'on s'y arrête et que l'on écoute le silence des pierres.
Architecture
Le château de Roquemartine appartient au type des châteaux perchés provençaux, caractéristique des XIe et XIIe siècles, dont la conception privilégie l'utilisation de la topographie naturelle comme première ligne de défense. Implanté sur un éperon calcaire, l'édifice tirait parti de la falaise elle-même pour constituer deux ou trois de ses faces défensives, réduisant ainsi le périmètre à fortifier artificiellement. Les vestiges révèlent une enceinte de plan irrégulier, épousant les courbes du rocher, avec des portions de courtines en appareil calcaire local taillé en blocs relativement réguliers, technique courante en Provence romane. Les éléments encore debout témoignent d'une construction typique de la féodalité provençale : murs de grand appareil calcaire aux arêtes soignées, fondations directement ancrées dans le substrat rocheux, et probables tours circulaires ou quadrangulaires aux angles de l'enceinte. La pierre calcaire des Alpilles, blanche à dorée selon la lumière, confère aux ruines cette teinte caractéristique qui se fond dans le paysage environnant. L'intérieur du château devait comprendre un logis seigneurial adossé à l'enceinte, une citerne indispensable sur ce type de site en hauteur, et une chapelle castrale dont des traces de maçonnerie sont encore perceptibles. Bien que dépourvues de tout décor sculpté conservé, les ruines de Roquemartine présentent une silhouette saisissante depuis la plaine, cette qualité paysagère ayant probablement pesé dans la décision de protection de 1926. L'ensemble illustre parfaitement l'architecture militaire romane provençale dans sa version la plus austère et la plus fonctionnelle, sans les raffinements gothiques qui apparaîtront dans la région au XIIIe siècle.


