Au cœur du Morbihan, ce puits Renaissance du XVIe siècle épate par sa margelle octogonale en granit, ses médaillons sculptés et ses arceaux de fer forgé — un joyau héraldique oublié au milieu des maisons de Plumelec.
Dans la commune de Plumelec, nichée au cœur du Morbihan, subsiste un témoignage rarissime de l'art ornemental breton de la Renaissance : le puits de la Touche-Berthelot. Seul vestige visible de l'ancien manoir éponyme, cet ouvrage hydraulique a transcendé sa fonction utilitaire pour devenir un objet sculptural d'une étonnante sophistication, inscrit aux Monuments Historiques depuis 1963. Ce qui frappe d'emblée, c'est la générosité du programme décoratif appliqué à un équipement aussi modeste en apparence. La margelle octogonale en granit local est rythmée par des pilastres à chaque angle saillant, conférant à l'ensemble une allure presque architecturale — comme si un miniaturiste avait transposé les codes d'un hôtel particulier parisien sur un simple encadrement de puits rural. Chaque face et chaque retour est habillé de panneaux sculptés, tandis que les pilastres arborent des fleurs de lys finement ciselées, rappelant l'appartenance symbolique à l'espace français tout autant que la fierté nobiliaire du commanditaire. Les cartouches en médaillons qui ornent les faces de l'octogone constituent peut-être la partie la plus séduisante de l'ensemble. Leurs éléments de décoration — rinceaux, arabesques, compositions végétales et figures allégoriques — trahissent une influence italianisante caractéristique des ateliers bretons du milieu du XVIe siècle, époque à laquelle les grandes familles de la région adoptèrent avec enthousiasme le répertoire formel de la Renaissance. Quatre dés posés sur les diagonales de la margelle, sculptés en haut relief de sujets héraldiques, ancrent quant à eux cet ouvrage dans l'univers aristocratique breton. La visite réserve une dernière surprise : deux arceaux de fer forgé se croisent au sommet de ces dés, recevant la poulie de tirage. Cette ferronnerie sobre mais élégante forme comme une couronne légère au-dessus de la margelle, complétant harmonieusement un ensemble qui dialogue sans cesse entre la robustesse du granit et la grâce de la Renaissance. Un monument à observer lentement, en cherchant les détails que les siècles n'ont pas effacés.
Le puits de la Touche-Berthelot repose sur une logique formelle rigoureuse qui distingue immédiatement cet ouvrage des simples puits de ferme contemporains. La margelle adopte un plan octogonal — forme géométrique symboliquement chargée, associée dans l'art médiéval et Renaissance à la perfection et à la transition entre le carré terrestre et le cercle céleste. Chaque angle saillant de cet octogone est matérialisé par un pilastre en granit, élément architectonique directement emprunté au vocabulaire de la Renaissance, qui structure visuellement l'ensemble et lui confère une élévation presque monumentale malgré ses dimensions modestes. Le décor sculpté occupe toutes les surfaces disponibles. Les faces de l'octogone accueillent des cartouches en médaillons garnis d'éléments Renaissance — rinceaux, feuillages, compositions symétriques — témoignant d'une maîtrise certaine du répertoire italianisant en vogue dans les ateliers bretons du XVIe siècle. Les pilastres arborent quant à eux des compartiments ornés de fleurs de lys, alliant symbolique royale et tradition héraldique bretonne. Quatre dés carrés, posés sur les diagonales de la margelle et sculptés en haut relief de sujets héraldiques, constituent le couronnement de cet ensemble et fournissent les supports des deux arceaux en fer forgé croisés qui portent la poulie de tirage. Ce dispositif métallique, sobre et fonctionnel, forme un dialogue élégant avec la richesse du granit sculpté qui l'encadre.
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