Joyau sculpté du XVIIe siècle à Melrand, le puits de Kerhoh déploie une superstructure en granit en forme de cloche ornée d'angelots et d'un ostensoir, alliance rare du sacré et du profane.
Au cœur du Pays de Pontivy, dans la commune bretonne de Melrand, le puits de Kerhoh constitue l'un des témoignages les plus singuliers de l'art religieux populaire du XVIIe siècle en Morbihan. Loin d'être un simple ouvrage hydraulique, il s'impose comme une pièce de sculpture à part entière, dont la superstructure en granit attire le regard par sa silhouette en forme de cloche monumentale. Ce petit édifice, classé aux Monuments Historiques depuis 1934, illustre à merveille la piété baroque qui irrigue alors la Bretagne intérieure, une région où la foi catholique se grave dans la pierre avec une intensité toute particulière. Ce qui rend le puits de Kerhoh véritablement unique, c'est la richesse iconographique de son dôme. La partie inférieure de la superstructure est savamment compartimentée et ornée de sculptures d'angelots encadrant un ostensoir, symbole eucharistique central dans la liturgie catholique. Cette association entre un puits — lieu de vie et de subsistance quotidienne — et des emblèmes de la dévotion chrétienne témoigne d'une vision du monde où le sacré et le profane ne s'opposent jamais mais se confondent en une même réalité. La partie supérieure du dôme, quant à elle, reprend la forme d'une cloche avec ses bourrelets caractéristiques imitant les oreilles d'accrochage, donnant à l'ensemble une cohérence formelle saisissante. Cet écho formel à la cloche d'église n'est pas anodin : il rappelle que l'eau du puits, comme le son de la cloche, structure le quotidien de la communauté paysanne. La visite du puits de Kerhoh invite à une forme de contemplation lente, dans un cadre rural préservé. Les amateurs d'architecture bretonne, de sculpture baroque et de patrimoine vernaculaire y trouveront matière à réflexion. Le monument, modeste dans ses dimensions, révèle une complexité symbolique et artistique qui en fait bien plus qu'une curiosité de bord de chemin.
Le puits de Kerhoh est entièrement réalisé en granit, matériau omniprésent dans la construction traditionnelle bretonne pour ses qualités de résistance et sa disponibilité locale. L'édifice se compose d'une margelle circulaire surmontée d'une superstructure dont la forme générale évoque celle d'une cloche d'église renversée, conférant à l'ensemble une silhouette immédiatement reconnaissable dans le paysage rural du Morbihan. La partie inférieure de cette superstructure est traitée avec un soin sculptural remarquable : elle est divisée en compartiments réguliers, à la manière de panneaux encadrés, qui accueillent des représentations d'angelots en bas-relief ainsi qu'un ostensoir finement ciselé. Ce vocabulaire décoratif baroque, influencé par la propagation des modèles iconographiques contreréformistes, contraste avec la sobriété habituelle du granit breton et révèle la main d'un tailleur de pierre expérimenté, probablement formé dans l'un des grands ateliers régionaux actifs au XVIIe siècle. La partie supérieure du dôme reprend avec précision les codes formels de la cloche : les bourrelets en saillie qui courent autour du sommet imitent les anses et oreilles d'accrochage des cloches en bronze fondues pour les clochers environnants. Cette référence formelle explicite établit un dialogue symbolique fort entre le puits, source d'eau vive, et la cloche, voix de l'église, unissant les deux piliers de la vie communautaire rurale bretonne du XVIIe siècle.
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