Prestrière de Moineaux
Vestige Renaissance d'une rare élégance à Barjouville, la Prestrière de Moineaux conserve un portail du XVIe siècle orné d'une échauguette en brique et d'un cul-de-lampe sculpté de lions et de putti d'une finesse remarquable.
Histoire
Dissimulée dans la commune de Barjouville, aux portes de Chartres, la Prestrière de Moineaux est l'un de ces fragments d'histoire que le temps a préservés avec une obstination presque miraculeuse. De l'ancienne maison des prêtres du chapitre cathédral de Chartres, il ne reste aujourd'hui qu'un portail Renaissance, mais quel portail. Inscrit aux Monuments Historiques depuis 1994, ce vestige témoigne avec une intensité rare du savoir-faire des maçons et sculpteurs de la première moitié du XVIe siècle. Ce qui frappe d'emblée le visiteur, c'est la qualité sculptural du cul-de-lampe qui porte l'échauguette d'angle : des lions héraldiques et des putti joufflus y cohabitent dans une composition qui mêle symbolique médiévale et esprit de la Renaissance italienne. L'artiste qui a réalisé cet ensemble a su résoudre avec un talent consommé l'un des problèmes les plus délicats de l'architecture de la période : faire passer harmonieusement une base rectangulaire à une tourelle circulaire en encorbellement, sans rupture ni maladresse visuelle. Le fragment conservé réunit plusieurs éléments architecturaux complémentaires : le piédroit de l'arc d'entrée avec l'amorce de son voûtement, un mur de stabilisation perpendiculaire en moellons, et cette fameuse échauguette circulaire en brique qui domine l'angle avec une présence presque altière. La diversité des matériaux — pierre de taille, blocage de moellons, brique — confère à l'ensemble une richesse texturale qui fascine autant l'archéologue que l'amateur d'art. La visite, brève en durée mais intense en émotion, invite à une méditation sur la fragilité du patrimoine bâti. Ce qui demeure ici, c'est l'essentiel : la virtuosité d'un artiste anonyme, la mémoire d'une institution religieuse puissante et la permanence obstinée d'une pierre qui a traversé les siècles. Dans le paysage de la Beauce chartraine, ce vestige constitue une halte précieuse pour qui sait lire l'histoire dans les moellons et les sculptures.
Architecture
Le vestige de la Prestrière de Moineaux relève d'un style Renaissance de la première moitié du XVIe siècle, marqué par la rencontre entre les traditions constructives gothiques tardives du pays chartrain et les nouvelles influences venues d'Italie. L'ensemble conservé se compose de trois éléments distincts mais solidaires : le piédroit d'un arc d'entrée avec l'amorce de son voûtement, réalisé en pierre de taille et blocage de moellons ; un mur de contrebutement perpendiculaire en moellons ; et surtout l'échauguette circulaire en brique posée en encorbellement sur l'angle, qui constitue la pièce maîtresse de l'ensemble. Le cul-de-lampe qui supporte l'échauguette est le joyau sculptural du monument. Taillé dans la pierre, il est orné de lions affrontés et de putti — ces angelots joufflus hérités du répertoire décoratif de la Renaissance italienne — dans une composition équilibrée et maîtrisée. La prouesse technique réside dans la transition entre le soubassement rectangulaire du piédroit et la forme circulaire de la tourelle : l'artiste, dont le nom nous est inconnu, a parfaitement résolu ce défi en composant symétriquement de part et d'autre d'un axe central, créant un raccordement d'une grande fluidité visuelle. La diversité des matériaux employés — pierre de taille pour les éléments structurels et sculptés, moellons pour les maçonneries secondaires, brique pour l'échauguette — est caractéristique des pratiques de construction régionales du XVIe siècle, où la brique commençait à s'imposer comme matériau de prestige pour les éléments en saillie, notamment sous l'influence des modes venues d'Île-de-France et du Val de Loire.


