
Préfecture
Joyau classique du XVIIIe siècle au cœur de Tours, la Préfecture d'Indre-et-Loire abrite une somptueuse grille en fer forgé héritée de l'abbaye de Beaumont et les boiseries précieuses du salon de Choiseul.

© Wikimedia Commons
Histoire
Installée dans un édifice représentatif de l'architecture administrative française de la seconde moitié du XVIIIe siècle, la Préfecture de Tours constitue l'un des témoignages les plus éloquents de l'art de bâtir sous l'Ancien Régime finissant. Classée Monument Historique depuis 1917, elle s'impose comme bien plus qu'un simple bâtiment de pouvoir : c'est un cabinet de curiosités architectural où se croisent les vestiges de deux grandes demeures tourangelles disparues. Ce qui rend cet édifice véritablement singulier, c'est la qualité exceptionnelle de ses éléments décoratifs conservés. La grille d'honneur, chef-d'œuvre de ferronnerie d'art, provient de l'ancienne abbaye royale de Beaumont-lès-Tours, posée en 1785. Ses panneaux en fers ronds se pénétrant, assemblés à trous renflés, et ses ornements en bronze doré témoignent du raffinement extrême des ateliers tourangeaux sous Louis XVI. Chaque détail — montants ciselés, corniche à carreaux, soubassement à balustres — révèle une maîtrise technique et esthétique qui place cette grille parmi les plus belles de France. L'intérieur recèle lui aussi un trésor insoupçonné : le petit salon dit de Choiseul, dont les boiseries en lambris sculptés datant de vers 1759 proviennent de l'ancienne Maison de l'Intendance de Tours. Ces panneaux d'un bleu-gris délicat, ornés de motifs floraux et de coquilles caractéristiques du style Louis XV tardif, évoquent directement l'atmosphère des demeures aristocratiques de la Touraine des Lumières. La visite de la Préfecture, accessible lors des Journées Européennes du Patrimoine, offre une plongée dans les coulisses de l'administration française tout en révélant des pièces d'une noblesse silencieuse. L'harmonie entre les façades en tuffeau beige — cette pierre tendre si caractéristique du Val de Loire — et les ferronneries sombres compose un tableau d'une élégance intemporelle. Le cadre, au cœur de la ville de Tours, à deux pas de la cathédrale Saint-Gatien et des hôtels particuliers de la place Plumereau, en fait une étape incontournable pour tout amateur de patrimoine ligérien.
Architecture
La Préfecture de Tours s'inscrit dans le courant de l'architecture classique française de la seconde moitié du XVIIIe siècle, héritière à la fois de la rigueur symétrique héritée de Jules Hardouin-Mansart et de l'élégance sobre du style Louis XVI naissant. Les façades, vraisemblablement traitées en tuffeau — la pierre blanche calcaire extraite des falaises ligériennes, matériau de prédilection de l'architecture tourangelle depuis la Renaissance —, articulent travées régulières, pilastres discrets et chaînes d'angle dans un esprit d'équilibre et de majesté tempérée. La composition générale, organisée autour d'une cour d'honneur ouverte sur la rue par la célèbre grille de fer forgé, répond au schéma canonique des hôtels particuliers et bâtiments officiels de l'époque. La grille d'honneur constitue l'élément architectural le plus remarquable de l'édifice. Chef-d'œuvre de ferronnerie d'art de 1785, elle déploie un système décoratif d'une grande sophistication : des panneaux en forme de grillage composés de fers ronds se pénétrant et assemblés à trous renflés reposent sur un soubassement à balustres. Des montants décorés aux motifs ciselés s'élèvent jusqu'à une corniche à carreaux, le tout rehaussé d'ornements en bronze doré qui captent la lumière et confèrent à l'ensemble un éclat particulier. Cette grille témoigne du niveau d'excellence atteint par les forgerons de la région tourangelle sous Louis XVI. À l'intérieur, le petit salon de Choiseul concentre l'essentiel de l'intérêt patrimonial. Ses boiseries en lambris sculptés de vers 1759 illustrent parfaitement la transition entre le rocaille Louis XV et la sobriété classicisante qui s'imposera sous Louis XVI : guirlandes florales, coquilles stylisées, panneaux cintrés à médaillons encadrés de moulures fines composent un décor d'une harmonie intimiste et raffinée, témoignage direct du goût aristocratique et administratif de la Touraine des Lumières.


