Pont suspendu dit ancien pont de Fourques (également sur commune de Fourques, dans le Gard)
Suspendu entre deux rives du Rhône, cet élégant pont à câbles du XIXe siècle relie Arles à Fourques dans un paysage provençal d'exception, témoignage rare de l'ingénierie romantique des années 1830-1840.
Histoire
Tendu au-dessus du Grand Rhône comme un ruban d'acier et de pierre, l'ancien pont suspendu de Fourques est l'un de ces ouvrages d'art qui savent émouvoir autant qu'ils fascinent. Reliant la rive arlésienne à la commune de Fourques, dans le Gard voisin, il incarne à lui seul la double appartenance de ce territoire à deux départements, deux identités, mais une même culture rhodanienne. Construit dans le deuxième quart du XIXe siècle, à l'âge d'or des ponts suspendus français, cet ouvrage appartient à une génération d'infrastructures qui révolutionnèrent la traversée des grands fleuves. Là où les bacs et les barques avaient régné pendant des siècles, les ingénieurs de la monarchie de Juillet imposèrent leurs lignes tendues et leurs pylônes de maçonnerie, mariant l'utilité à une certaine élégance industrielle. Le pont de Fourques en est l'un des représentants les plus authentiques dans le Midi de la France. L'expérience de la traversée reste saisissante : depuis le tablier, le regard embrasse les méandres du Rhône, les roselières et les lumières changeantes de la Camargue toute proche. Les pylônes en pierre de taille, avec leur silhouette sobre et massive, offrent un contrepoint architectural aux câbles arachnéens qui portent le tablier. Le pont s'inscrit naturellement dans le paysage comme s'il y avait toujours existé. Son inscription aux Monuments Historiques en 1988 est venue consacrer la valeur patrimoniale d'un ouvrage longtemps considéré comme un simple équipement routier. Elle a permis sa préservation dans un état remarquable, et fait de lui l'un des derniers témoins de cette époque charnière où l'ingénierie française inventait ses nouvelles cathédrales de fer et de pierre, au service du commerce et du désenclavement des territoires ruraux.
Architecture
Le pont suspendu de Fourques présente la morphologie caractéristique des ponts à câbles du deuxième quart du XIXe siècle français. Deux pylônes en pierre de taille calcaire, robustes et sobrement ornementés, s'élèvent de chaque rive du Rhône pour ancrer le système porteur. Leur silhouette légèrement effilée vers le sommet, percée d'une ouverture en plein cintre pour le passage du tablier, leur confère une élégance austère typique du style néo-classique industriel de la monarchie de Juillet. Le tablier est suspendu par un réseau de câbles en fer forgé, organisés en faisceau depuis le sommet des pylônes jusqu'aux fixations latérales du pont. Cette technique, qui crée la courbe caténaire si caractéristique des ponts suspendus, permettait d'enjamber de larges portées avec un minimum de matière, révolution structurelle majeure par rapport aux ponts en maçonnerie ou en charpente. La travée principale, franchissant le bras principal du Rhône, constitue la prouesse technique de l'ensemble. Les culées d'ancrage, massifs de maçonnerie enterrés dans les berges, reprennent les efforts considérables exercés par la tension des câbles. Leur dimensionnement généreux témoigne du soin apporté par les constructeurs à la stabilité d'un ouvrage soumis aux crues violentes et aux charges dynamiques du mistral. Les garde-corps en fer forgé, aux motifs géométriques caractéristiques de la période, complètent un ensemble architectural cohérent et d'une remarquable unité stylistique.


