Phare de Saint-Gervais
Dernier phare construit en France, mis en service en 1980 à Fos-sur-Mer, ce colosse de béton armé veille sur le golfe de Fos avec son escalier hélicoïdal et son ascenseur, symbole d'une ingénierie maritime révolue.
Histoire
Dressé à l'entrée du golfe de Fos, face aux eaux bleues de la Méditerranée et aux imposantes installations industrielles du complexe portuaire, le phare de Saint-Gervais occupe une place à part dans le patrimoine maritime français. Non pas en raison de son ancienneté, mais précisément de l'inverse : érigé dans le quatrième quart du XXe siècle et mis en service en avril 1980, il est entré dans l'histoire comme le tout dernier phare construit en France. Cette singularité lui confère une valeur patrimoniale rare, celle d'un point final apposé à des siècles de construction de phares français. Le visiteur qui s'approche du monument est immédiatement saisi par la verticalité austère et assumée du fût en béton armé, matériau de prédilection de la modernité finissante. Loin des romantiques tours en pierre calcaire qui jalonnent les côtes bretonnes ou atlantiques, Saint-Gervais incarne une esthétique fonctionnaliste, presque brutaliste, qui ne cherche pas à séduire mais à durer. Et pourtant, quelques détails trahissent un souci de qualité architecturale : les pavés de verre disposés côté sud baignent l'intérieur d'une lumière naturelle douce et diffuse, transformant la cage d'escalier en un espace presque contemplatif. L'ascension du phare constitue l'expérience centrale de la visite. L'escalier hélicoïdal, élégant dans ses proportions, s'enroule autour de la cage d'ascenseur — détail technique innovant pour l'époque qui témoigne d'une réflexion poussée sur l'ergonomie des opérations techniques. À mesure que l'on monte, la structure s'évase pour accueillir les locaux techniques, avant que la plateforme de la lanterne, ceinturée de son garde-corps en béton, ne dévoile un panorama saisissant sur le golfe de Fos, les étangs de Berre et la chaîne des Alpilles. Le cadre environnant, mêlant littoral méditerranéen, zones humides protégées et grand port industriel, offre une expérience visuelle singulière et paradoxale : ici se côtoient la nature sauvage de la Camargue provençale et le monde de l'industrie lourde, le tout sous la lumière rasante et dorée qui a fait la réputation des paysages de Provence. Le phare de Saint-Gervais, inscrit aux Monuments Historiques en 2012, incarne avec force cette France du XXe siècle qui mérite autant d'attention que celle des siècles classiques.
Architecture
Le phare de Saint-Gervais s'inscrit dans le courant de l'architecture fonctionnaliste de la seconde moitié du XXe siècle, avec une expression proche du brutalisme architectural dans son usage affirmé et non dissimulé du béton armé. La tour, de section circulaire, présente un fût élancé qui s'élève depuis une base massive avant de s'évaser légèrement en hauteur pour accueillir les locaux techniques, puis la salle de la lanterne. Cette géométrie n'est pas sans rappeler les silos industriels ou les ouvrages d'art de la même époque, traduisant l'esthétique d'un temps où la forme suivait impérativement la fonction. L'un des éléments architecturaux les plus remarquables de l'édifice est l'usage de pavés de verre disposés sur la façade sud. Ce dispositif, hérité du vocabulaire de l'architecture moderne (Le Corbusier en avait popularisé l'emploi dès les années 1920), permet d'introduire une lumière naturelle diffuse à l'intérieur de la tour sans fragiliser l'enveloppe structurelle. L'effet intérieur est saisissant : la cage de l'escalier hélicoïdal, qui s'enroule autour de la colonne centrale abritant l'ascenseur, baigne dans une lumière douce et légèrement bleutée qui contraste avec la sévérité apparente de l'ensemble. La plateforme sommitale, ceinturée d'un garde-corps en béton, supporte la lanterne accessible par un escalier métallique intérieur. Au-delà, la superstructure enferme la machinerie de l'ascenseur, solution technique ingénieuse qui distingue ce phare de ses prédécesseurs et confirme sa vocation de monument de transition entre l'ère artisanale des gardiens et celle de l'automatisation complète de la signalisation maritime.


