Phare de la Pointe de Grave
Sentinelle carrée dressée à l'embouchure de la Gironde depuis 1860, le phare de la Pointe de Grave veille sur l'un des passages maritimes les plus redoutables de l'Atlantique, avec ses 28 mètres de maçonnerie noire et blanche.
Histoire
Au bout du monde girondin, là où le fleuve Gironde se jette dans l'Atlantique dans un bouillonnement de courants contrariés, le phare de la Pointe de Grave s'impose comme une sentinelle impassible. Sa silhouette trapue et carrée — rare dans un univers de tours cylindriques — le distingue immédiatement de ses homologues côtiers. Les chaînages d'angle peints en noir tranchent avec la blancheur du corps de la tour, lui conférant une élégance sobre et fonctionnelle, presque militaire. Ce que ce phare a d'unique, c'est son histoire de perpétuel recommencement. Avant que cette tour de pierre ne soit édifiée en 1860, pas moins de six bâtiments différents s'étaient succédé sur ce même promontoire fouetté par les vents, emportés par les tempêtes, l'érosion ou les caprices du banc de sable. Le phare actuel est donc le septième acte d'un drame architectural qui dit tout de la violence de ce site exceptionnel. Le visiteur qui gravit les marches de la tour est récompensé d'un panorama saisissant : à l'ouest, l'Atlantique s'étire jusqu'à l'horizon ; au sud, la presqu'île d'Arvert et les pinèdes charentaises ; à l'est, la Gironde déploie sa palette de bleus et d'ocres. Les logements des anciens gardiens, flanquant la tour de part et d'autre, ont été reconvertis en espace muséographique, permettant de plonger dans l'univers fascinant de la signalisation maritime. La Pointe de Grave est également le point de départ du célèbre bac reliant Le Verdon à Royan — une traversée de quelques minutes qui donne la mesure de l'ampleur du fleuve à son embouchure. Photographes et amateurs de paysages marins savent que les heures dorées, ici, subliment la tour et le ballet incessant des cargos, tankers et voiliers qui longent le chenail de navigation.
Architecture
Le phare de la Pointe de Grave se singularise parmi les phares français par son plan carré, héritage direct des traditions constructives de l'ingénierie des Ponts et Chaussées du Second Empire. Là où la majorité des phares côtiers adoptent une section circulaire pour mieux résister aux vents dominants, la tour carrée de la Pointe de Grave témoigne d'un pragmatisme constructif ancré dans les savoir-faire régionaux : la maçonnerie en pierres de taille, solidement appareillée, est renforcée aux angles par des chaînages peints en noir, qui jouent également le rôle de marque diurne permettant l'identification du phare en plein jour par les navigateurs. Haute de 28 mètres, la tour s'élève au-dessus d'un soubassement massif et culmine sous une lanterne cylindrique à vitrage plan en cuivre. Ce type de lanterne, caractéristique de la seconde moitié du XIXe siècle, offre une surface vitrée plane facilitant l'entretien et réduisant les distorsions optiques. Le feu à occultations à trois secteurs chromatiques — blanc, rouge, vert — représente une sophistication technique notable pour l'époque. L'ensemble repose sur un système d'optiques tournantes dont la précision permet de définir des secteurs angulaires distincts visibles depuis le large. De part et d'autre de la tour, les logements des gardiens forment deux corps de bâtiment symétriques en rez-de-chaussée, prolongés à l'arrière par des ailes en retour d'équerre qui ferment une cour intérieure. Cette disposition en U, caractéristique des ensembles phares-logements du XIXe siècle, répond à une double logique fonctionnelle et climatique : protéger les habitants des vents dominants tout en regroupant les dépendances autour d'un espace central abrité. L'ensemble, d'une unité architecturale remarquable, est entièrement enduit et peint en blanc, à l'exception des chaînages noirs de la tour principale.


