Dressé sur un écueil battu par les tempêtes en mer d'Iroise, Kéréon est le phare le plus luxueusement aménagé de France, avec ses boiseries d'acajou et ses mosaïques dignes d'un palace.
Au large de l'archipel de Molène, à l'endroit où l'Atlantique se fait le plus impitoyable, s'élève Kéréon — un phare que les marins surnomment « la cathédrale de la mer d'Iroise ». Planté sur le rocher des Triagoz-Men-Tensel, ce feu de haute mer défie depuis plus d'un siècle les creux de dix mètres et les coups de vent à plus de cent kilomètres-heure qui balaient régulièrement ce couloir maritime redouté. Sa silhouette de granit gris, austère en apparence, dissimule un intérieur d'une opulence stupéfiante, sans équivalent dans aucun phare au monde. Ce qui distingue radicalement Kéréon de tous ses homologues, c'est le soin maniaque apporté à ses aménagements intérieurs. Là où ses contemporains se contentaient de fonctionnalité, Kéréon fut doté de boiseries d'acajou finement sculptées, de parquets en marqueterie, de lambris et de mosaïques dignes des grands hôtels particuliers parisiens de la Belle Époque. Six pièces superposées, toutes de plan arrondi, composent cet espace de vie hors du commun conçu pour des hommes condamnés à l'isolement des semaines entières. L'expérience de visite est, par nature, réservée aux plus aventureux : Kéréon n'est pas accessible au public de manière régulière, et seule la mer — capricieuse — décide de l'approche possible en canot pneumatique depuis une embarcation. Les rares voyageurs qui parviennent à en franchir le seuil découvrent un lieu suspendu entre deux mondes : celui de la rigueur technique des phares et celui du luxe bourgeois de la IIIe République. L'escalier en colimaçon, les cuivres astiqués, les instruments de navigation d'époque créent une atmosphère d'une poésie saisissante. Le cadre naturel amplifie encore le sentiment d'irréalité. La mer d'Iroise, classée parc naturel marin, est l'un des espaces maritimes les plus riches et les plus sauvages d'Europe occidentale. Par temps clair, les dauphins communs évoluent au pied du phare, les fous de Bassan rasent les vagues, et l'horizon infini redonne à l'édifice toute la démesure de son ambition initiale : signaler le danger aux navigateurs qui s'engagent dans le redoutable Fromveur.
Kéréon se présente extérieurement comme une tour cylindrique de granite gris, élancée et austère, dont la sobriété est dictée par les contraintes de la construction en mer : chaque aspérité, chaque ornement en saillie aurait constitué une prise supplémentaire pour les vagues déferlantes. La tour atteint une quarantaine de mètres de hauteur et repose directement sur le rocher affleurant, dont la base a été soigneusement taillée pour assurer un ancrage parfait. La terrasse sommitale est couronnée d'une lanterne cylindrique à ossature métallique, son soubassement accueillant l'abri de la sirène de brume, dont le mugissement grave avertissait les navigateurs par temps de visibilité nulle. L'intérieur révèle une tout autre ambition. Les six niveaux superposés, tous de plan arrondi épousant la forme de la tour, sont reliés par un escalier hélicoïdal en pierre. Chaque pièce possède une fonction précise : cuisine, chambre des gardiens, salle de veille, local technique. Mais c'est la qualité des finitions qui stupéfie : les lambris d'acajou aux panneaux sculptés, les parquets de bois précieux agencés en motifs géométriques, les revêtements de mosaïque aux couleurs chaudes habillent des espaces circulaires d'une rare élégance. Les cuivres des instruments de navigation, des poignées et des garde-corps ajoutent un lustre supplémentaire à cet ensemble remarquablement cohérent. Le sous-sol, taillé dans le roc, abritait les réserves de combustible et les citernes d'eau douce indispensables à l'autonomie des gardiens lors des périodes de mauvais temps prolongé.
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