Sentinelle de granit érigée au cœur de l'archipel de Chausey, ce phare du XIXe siècle signé Léonce Reynaud allie rigueur technique et humanisme architectural dans un paysage marin d'exception.
Au large de Granville, l'archipel de Chausey déploie ses îlots de granit rose dans une mer qui se retire jusqu'à laisser apparaître plus de cinquante kilomètres carrés d'estrans à marée basse — l'un des plus grands marnages d'Europe. En son cœur, sur la Grande Île, le phare des îles Chausey s'élève comme un gardien solitaire, monument discret et indispensable qui veille depuis le second quart du XIXe siècle sur l'un des passages maritimes les plus fréquentés de la Manche. Ce qui distingue ce phare de tant d'autres édifices du même type, c'est l'attention portée par son architecte Léonce Reynaud à la qualité de vie de ses occupants. Là où d'autres constructions similaires sacrifiaient le confort au strict fonctionnel, Reynaud conçut des espaces intérieurs pensés avec soin : escalier décalé pour dégager un véritable hall d'entrée, chambres dotées d'alcôves et de cabinets, fenêtres orientées de façon à capter la lumière sous plusieurs angles. Le phare n'était pas seulement un signal : c'était une maison. L'expérience de visite est indissociable de celle de l'archipel lui-même. Pour atteindre le phare, il faut traverser la mer depuis Granville à bord d'un bac, longer les rochers affleurant à marée basse, respirer l'air iodé qui ne ressemble à nul autre. Une fois sur l'île, la tour carrée se profile au-dessus des landes et des mouettes, sobre et massive, taillée dans le granit prélevé sur place — pierre et lumière ne faisant ici qu'un avec leur environnement. Classé au titre des Monuments Historiques depuis 2009, le phare de Chausey incarne la rencontre entre l'ingénierie des Ponts et Chaussées du XIXe siècle et la beauté sauvage de cet archipel normand. Pour le photographe, l'heure dorée sur les rochers alentour, avec la tour en arrière-plan, constitue l'un des tableaux les plus saisissants de la côte manchoise.
Léonce Reynaud opta pour une tour carrée, solution qu'il avait déjà éprouvée au phare de Carteret et qu'il adapta ici aux contraintes insulaires. La tour s'élève à l'aplomb de la façade arrière d'un bâtiment rectangulaire bas abritant les logements des gardiens, formant un ensemble fonctionnel et équilibré. Le couronnement de la tour est orné d'une balustrade à dés en encorbellement, élément décoratif sobre qui confère à l'édifice sa silhouette caractéristique et rompt la verticalité austère du fût de granit. Les matériaux sont entièrement issus de l'archipel : le granit de Chausey, dense et légèrement rosé, assure à la construction une résistance exceptionnelle aux embruns et aux tempêtes, tout en ancrant visuellement le phare dans son paysage. L'appareillage de pierre est soigné, témoignant du soin apporté à un chantier pourtant logistiquement complexe. La lanterne au sommet, remplacée ou modernisée à plusieurs reprises au fil des décennies selon l'évolution de la technologie optique, couronne l'ensemble. La conception intérieure révèle une réflexion inhabituelle pour ce type d'édifice : Reynaud décala l'escalier de la tour afin de libérer un véritable espace d'entrée, les chambres des gardiens furent dotées d'alcôves intégrées, de cabinets séparés et de fenêtres orientées selon plusieurs azimuts pour maximiser l'apport de lumière naturelle dans un lieu où l'isolement aurait pu peser. Cette attention à l'habitabilité distingue le phare de Chausey des constructions purement utilitaires de son époque.
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