
Pavillons de l'octroi
Gardiens de pierre de la Tours classique, les quatre pavillons de l'octroi de la place Choiseul veillent depuis le XVIIIe siècle aux abords du grand pont royal, témoins rares d'un urbanisme d'Ancien Régime.

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Histoire
Au seuil du pont de pierre et de la majestueuse rue Royale, la place Choiseul offre l'un des tableaux urbains les plus cohérents que le XVIIIe siècle ait légués à Tours. Quatre pavillons d'octroi symétriques, reliés jadis par un mur courbe formant fond de place semi-circulaire, composent un dispositif d'entrée de ville d'une rare intégrité. Conçus comme un ensemble indissociable du grand chantier ponts-et-chaussées qui transforma le franchissement de la Loire, ils incarnent la volonté de l'administration royale d'ordonner, de contrôler et d'embellir simultanément. Ce qui distingue ces pavillons des simples postes de perception ordinaires, c'est leur insertion dans un projet urbain global. Ils ne sont pas de modestes guérites : leur ordonnance architecturale, leur disposition en écho de part et d'autre de l'axe monumental, font d'eux de véritables propylées à la manière antique, marquant le seuil symbolique entre la ville et son grand pont. Chaque pavillon dialogue avec son jumeau par-delà la chaussée, créant une perspective que les voyageurs du XVIIIe siècle comparaient volontiers aux entrées triomphales des capitales européennes. La visite de ces pavillons est avant tout une expérience de déambulation urbaine. On les apprécie depuis le pont de pierre, en remontant vers la rue Royale, ou depuis la place elle-même, dont le plan semi-circulaire reste lisible malgré la disparition d'un des murs de clôture avant 1914. Le mur courbe survivant, encore en place, restitue l'idée de cet écrin architectural et invite à imaginer la majesté de la composition originelle. Le cadre est celui d'un quartier classique tourangeau où pierre de taille, toits d'ardoise et proportions mesurées donnent le ton. Les pavillons, bien que classés Monuments Historiques depuis 1951, s'intègrent avec une discrétion remarquable dans la vie quotidienne de la ville, ce qui en fait des monuments à découvrir lentement, l'œil exercé à lire les strates du temps dans la pierre.
Architecture
Les quatre pavillons de l'octroi de la place Choiseul appartiennent au vocabulaire classique français du XVIIIe siècle, tel que le diffusaient les ingénieurs des Ponts et Chaussées et les architectes de l'administration royale en province. De plan carré ou rectangulaire, ils présentent des façades ordonnancées selon les principes de symétrie et de hiérarchie propres à l'architecture néo-classique : travées rythmées par des pilastres ou des refends, ouvertures à claveaux soulignés, toitures à faible pente couvertes d'ardoise selon la tradition ligérienne. Leur disposition en deux paires symétriques de part et d'autre de l'axe de la rue Royale crée une composition en propylées qui rappelle les entrées de villes antiques revisitées par la culture architecturale des Lumières. Les murs courbes qui reliaient primitivement les pavillons deux par deux participaient de cette logique d'exèdre, forme empruntée à l'architecture romaine et réinterprétée dans les projets d'embellissement urbain du siècle. Le mur subsistant offre encore la lecture de ce dispositif spatial et de son appareil de pierre de taille régulier. Les matériaux employés sont ceux du grand chantier tourangeau du XVIIIe siècle : tuffeau blanc de la région, ardoise d'Anjou pour les couvertures, ferronneries sobres aux ouvertures. L'ensemble forme avec le pont de pierre et la rue Royale une séquence architecturale homogène, rare témoignage de la cohérence urbanistique des grands travaux royaux de province sous Louis XV et Louis XVI.


