
Pavillon dit de Jeanne d'Arc ou Comptoir de Colas des Francs, actuellement siège du service départemental de l'architecture et du patrimoine (SDAP) du Loiret
Joyau Renaissance orléanais du milieu du XVIe siècle, ce pavillon aux façades ordonnancées de pilastres ioniques et corinthiens abrite des voûtes en pierre sculptée d'une rare élégance, rescapé miraculeux des bombardements de 1940.

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Histoire
Au cœur d'Orléans, à deux pas de la place de Gaulle, se dresse un édifice discret mais d'une exceptionnelle qualité architecturale : le Pavillon dit de Jeanne d'Arc, anciennement connu sous le nom de Comptoir de Colas des Francs. Construit vers 1552, ce petit joyau Renaissance témoigne du raffinement de la bourgeoisie marchande orléanaise au temps des Valois, époque où la Loire était encore le couloir de la civilisation française. Ce qui rend ce pavillon véritablement unique, c'est la rigueur et l'élégance de sa composition. Ses trois façades principales sont organisées en travées scandées de pilastres aux chapiteaux alternant les ordres ionique et corinthien, une sophistication rare pour un édifice à vocation essentiellement privée et comptable. Le soubassement à bossages qui ancre l'ensemble au sol lui confère une prestance toute italianisante, tandis que les combles en pavillon qui le couronnent lui donnent cette silhouette si reconnaissable dans le paysage urbain orléanais. L'intérieur réserve une surprise de taille : le rez-de-chaussée, lambrisé avec soin, est couvert d'une voûte en pierre ornée de panneaux sculptés d'une grande finesse. L'étage reprend ce programme décoratif avec une voûte en plâtre qui dialogue harmonieusement avec celle du niveau inférieur. Cet ensemble forme un décor intérieur d'une cohérence remarquable, rare survivance de l'art décoratif français du milieu du XVIe siècle. Le visiteur attentif appréciera également le contraste saisissant entre la discrétion apparente du bâtiment vu depuis la rue et la richesse de son ordonnancement architectural une fois que l'on s'en approche. Ce pavillon, aujourd'hui siège du Service Départemental de l'Architecture et du Patrimoine du Loiret, continue ainsi d'abriter ceux qui veillent sur l'héritage bâti de la région — une continuité symbolique d'une belle profondeur historique. Pour les amateurs d'architecture de la Renaissance française, ce monument constitue une halte incontournable lors d'une visite d'Orléans, souvent éclipsé par la cathédrale Sainte-Croix ou la maison de Jeanne d'Arc mais porteur d'une authenticité et d'une intégrité architecturale tout aussi précieuses.
Architecture
Le Pavillon de Colas des Francs est un exemple accompli de l'architecture civile de la Renaissance française dans sa phase de maturité, celle du milieu du XVIe siècle. L'édifice se compose de deux niveaux d'habitation posés sur un soubassement à bossages rustiques, l'ensemble étant couronné de combles en pavillon à quatre pans — une silhouette caractéristique de l'architecture française classique naissante. Ce parti de soubassement traité en appareil rustiqué renvoie directement aux modèles antiques et aux réinterprétations qu'en firent les architectes italiens de la première Renaissance. Les trois façades principales développent un ordonnancement rigoureux en travées séparées par des pilastres dont les chapiteaux alternent les ordres ionique et corinthien selon une superposition qui respecte la hiérarchie vitruvienne. Les baies sont cintrées en plein cintre, leur traitement soigné et leur rythme régulier conférant à l'ensemble une harmonie et une lisibilité exemplaires. Cette façon d'habiller les façades d'un vocabulaire antique codifié tout en conservant les dispositions pratiques de l'architecture française est précisément ce qui définit le style d'Androuet du Cerceau. L'intérieur constitue peut-être le point d'orgue de l'édifice. Le rez-de-chaussée lambrisé est couvert d'une voûte en pierre ornée de caissons sculptés, dont les panneaux décoratifs témoignent d'un soin et d'une maîtrise technique remarquables. À l'étage, une voûte en plâtre reprend et complète le programme iconographique et ornemental de la voûte inférieure, créant une cohérence décorative d'ensemble rare pour un édifice de cette échelle. Ces décors intérieurs, préservés au fil des siècles et restaurés en 1965, constituent l'un des ensembles décoratifs civils les plus précieux de la Renaissance orléanaise.


