Pavillon de la Reine Jeanne, dit aussi Pavillon Mistral
Niché dans les ruines spectaculaires des Baux-de-Provence, ce pavillon Renaissance du XVIe siècle conjugue élégance sculptée et lumière provençale — un joyau discret immortalisé par Frédéric Mistral.
Histoire
Perché sur les hauteurs minérales des Baux-de-Provence, le Pavillon de la Reine Jeanne — que les habitants nomment aussi affectueusement Pavillon Mistral — est l'une des plus séduisantes énigmes architecturales de Provence. Construit au XVIe siècle dans un élan Renaissance qui gagnait alors l'ensemble du royaume, cet élégant pavillon de pierre blonde tranche par sa finesse sculpturale avec la sauvagerie calcaire du site des Baux. Sa silhouette légère, presque précieuse, contraste avec les vestiges imposants du château féodal qui dominent le village. Ce qui rend cet édifice véritablement singulier, c'est la richesse de son décor architectonique : pilastres cannelés, frises à l'antique, médaillons en bas-relief et arcatures témoignent d'un artisanat de haute volée, typique des commandes aristocratiques de la Renaissance provençale. La pierre des Baux, ce calcaire d'une blondeur chaude, prend ici une dimension presque sculptée, comme si la lumière rasante du Midi avait été pensée pour en révéler chaque ornement. L'édifice est également associé à la mémoire de Frédéric Mistral, le poète félibrige prix Nobel, qui contribua à populariser le site des Baux et insuffla à ce pavillon une aura romanesque. Ce double nom — Reine Jeanne et Mistral — cristallise à lui seul deux siècles de mythologie provençale, celle d'une Provence aristocratique et celle d'une Provence poétique. Visiter le Pavillon de la Reine Jeanne, c'est s'immerger dans un lieu où l'architecture dialogue avec le paysage des Alpilles. Les façades ciselées se lisent mieux en fin d'après-midi, quand la lumière dorée de Provence en exhausse les reliefs. Le monument classé depuis 1905 est accessible à pied depuis le village des Baux, en empruntant les sentiers qui serpentent parmi les ruines du château — une promenade en soi inoubliable, entre garrigue et pierre blanche.
Architecture
Le Pavillon de la Reine Jeanne est un édifice de style Renaissance provençale du XVIe siècle, dont l'élégance tient autant à la qualité de son programme sculptural qu'à la sobriété de son volume général. Construit en calcaire local des Baux — cette pierre blonde et dense caractéristique des Alpilles — le pavillon se présente comme un petit corps de logis à un ou deux niveaux, agrémenté de façades soigneusement ordonnancées selon les principes de la Renaissance : symétrie des ouvertures, emploi de pilastres à chapiteaux ioniques ou corinthiens, frises à motifs végétaux ou à l'antique, et médaillons en bas-relief ornant les écoinçons et les trumeaux. Les baies, en plein cintre ou à linteau droit, sont encadrées de moulures finement profilées, tandis que les angles du bâtiment sont rythmés par des pilastres cannelés qui scandent verticalement la composition. La toiture, sobre et à faible pente comme il est d'usage dans l'architecture provençale, est vraisemblablement couverte de tuiles creuses romaines, en parfaite harmonie avec le paysage environnant. L'intérêt principal de l'édifice réside dans la qualité exceptionnelle de ses décors sculptés, qui révèlent la main d'un atelier rompu aux influences italiennes alors en vogue dans la Provence du XVIe siècle. Comparables aux productions des ateliers d'Aix-en-Provence ou d'Arles de la même époque, ces ornements font du Pavillon de la Reine Jeanne un témoignage précieux de la diffusion du vocabulaire Renaissance dans l'architecture civile provençale hors des grands centres urbains.


