Château d'Oursières
Discret joyau classique du Perche, le château d'Oursières déploie sa sobre élégance entre cour d'honneur et jardin à la française, couronné d'un fronton courbe et d'un œil-de-bœuf d'une grâce toute louis-quatorzienne.
Histoire
Niché dans le bocage du Perche-Gouët, aux confins de l'Eure-et-Loir, le château d'Oursières est l'un de ces manoirs de gentilhommière que l'aristocratie provinciale érigea à la charnière des XVIIe et XVIIIe siècles, loin des fastes de Versailles mais non sans raffinement. Sa silhouette équilibrée, posée entre une cour d'honneur gravillonnée et un jardin régulier, incarne parfaitement l'idéal résidentiel de la noblesse de province sous le règne du Roi-Soleil : mesure, dignité et art de vivre. Ce qui distingue Oursières d'un simple manoir ordinaire, c'est la cohérence de sa composition architecturale. Le corps central, flanqué de deux pavillons carrés en léger décrochement, crée un rythme ternaire typiquement classique, tandis que le fronton courbe qui surmonte la travée d'axe — encadrant un œil-de-bœuf entre des pilastres — confère à la façade principale une qualité presque académique, surprenante pour un édifice de cette échelle. La grille en fer forgé du portail d'entrée ajoute une note d'apparat qui souligne le statut de ses commanditaires. La visite d'Oursières, pour qui a la chance de s'en approcher, est avant tout une expérience de silence et de proportion. Point de galeries imposantes ni de fossés romantiques : la demeure se laisse lire d'un seul regard, avec cette lisibilité propre à l'architecture classique française où chaque élément répond à un autre, où rien n'est superflu. Le promeneur attentif remarquera le dialogue subtil entre les frontons triangulaires des pavillons et le fronton courbe central, véritable signature d'un architecte maîtrisant son vocabulaire ornemental. Le cadre naturel renforce le charme discret du lieu. La commune d'Argenvilliers, en plein cœur du Perche, offre un paysage de collines douces, de haies bocagères et de forêts clairsemées qui enveloppent la demeure d'une quiétude presque intemporelle. Pour le voyageur amoureux du patrimoine authentique et préservé, hors des circuits touristiques battus, le château d'Oursières représente une découverte précieuse, témoin intact de l'art de bâtir sous Louis XIV et Louis XV.
Architecture
Le château d'Oursières illustre avec une clarté exemplaire les principes de la composition classique française tels qu'ils furent codifiés sous Louis XIV. L'édifice adopte un plan tripartite caractéristique : un corps central légèrement en saillie encadré de deux pavillons carrés en décrochement, schéma qui crée une façade animée par le jeu des volumes sans pour autant tomber dans l'ostentation. Cette disposition, héritée de l'architecture de Hardouin-Mansart déclinée à échelle provinciale, confère à la demeure une dignité mesurée, parfaitement accordée au statut d'une famille nobiliaire aisée mais non princière. La travée d'axe de la façade sur la cour d'honneur constitue la pièce maîtresse de la composition ornementale. Un fronton courbe — variante plus dynamique et baroque du fronton triangulaire antique — surmonte l'entrée principale et encadre un œil-de-bœuf, cette fenêtre ronde emblématique du classicisme français. De part et d'autre de cet œil-de-bœuf, des pilastres assurent la transition verticale entre les niveaux et affirment la parenté du projet avec les modèles académiques parisiens. Les deux pavillons latéraux répondent au corps central par leurs propres frontons triangulaires, créant ainsi un dialogue rythmique entre courbe et ligne droite, entre mouvement et stabilité. Le portail d'entrée, fermé par une grille en fer forgé — matériau noble par excellence dans l'art décoratif de cette période —, achève de donner à l'ensemble son caractère soigné. Les matériaux de construction sont vraisemblablement ceux du terroir percheronnais : pierre calcaire locale pour les murs, ardoise pour les toitures à pentes relevées, combinaison typique de l'architecture de la région du Perche et du Dunois. Les proportions de l'édifice, à l'échelle d'une demeure de campagne plutôt que d'un château d'apparat, lui confèrent une intimité qui séduit d'autant plus qu'elle n'est jamais synonyme de médiocrité architecturale.


