Oppidum protohistorique dit Camp des Romains
Perché sur un éperon rocheux dominant la Loire, le Camp des Romains est l'un des rares oppida gallo-romains du Maine-et-Loire, vestige saisissant d'une occupation protohistorique au cœur du Val de Loire.
Histoire
Dominant la vallée de la Loire depuis les hauteurs de Chênehutte-Trèves-Cunault, le Camp des Romains est bien plus qu'un simple site archéologique : c'est une fenêtre ouverte sur les premières formes d'urbanisme de l'Anjou antique. Classé Monument Historique depuis 1987, cet oppidum protohistorique témoigne d'une occupation humaine continue remontant à l'âge du Fer, puis intensifiée à l'époque gallo-romaine au tournant du 1er siècle de notre ère. Ce qui rend ce site véritablement singulier, c'est la subtilité de son intégration dans le paysage. À la différence des grandes forteresses médiévales qui affichent leur puissance, l'oppidum se révèle progressivement, à travers la lecture des talus, des fossés taillés dans le tuffeau et des lignes défensives qui épousent naturellement le relief. L'éperon rocheux, naturellement protégé sur trois côtés par des versants abrupts, offrait aux populations gauloises une position stratégique idéale pour surveiller le trafic fluvial et contrôler l'axe ligérien. La visite du Camp des Romains est une expérience contemplative autant qu'archéologique. En parcourant les chemins qui longent les remparts en terre et les segments de murus gallicus partiellement conservés, le visiteur est invité à reconstituer mentalement l'animation d'un bourg fortifié : entrepôts, ateliers d'artisans, zones d'habitation, lieux de culte. La végétation — chênaie et buissons denses — ajoute une atmosphère presque mystérieuse qui contraste avec la luminosité des bords de Loire visibles en contrebas. Le cadre naturel est lui-même un argument de visite. Intégré dans la séquence patrimoniale remarquable de Chênehutte-Trèves-Cunault — entre le prieuré de Cunault et les caves troglodytiques du coteau —, le site s'inscrit dans l'une des boucles les plus sauvages et les moins fréquentées du Val de Loire. Pour les amateurs d'archéologie, de randonnée ou de photographie de paysage, il constitue une halte incontournable loin des flux touristiques de masse.
Architecture
Le Camp des Romains présente les caractéristiques typologiques d'un oppidum de taille moyenne tel qu'on en rencontre dans le grand Ouest gaulois. Son plan tire parti de la géomorphologie du plateau calcaire : l'éperon naturellement délimité par des versants abrupts nécessitait d'être fermé artificiellement uniquement sur sa face d'accès la plus vulnérable, par un système de rempart frontal associé à un ou plusieurs fossés en avant-corps. Les défenses construites relèvent de la technique du murus gallicus, propre à l'architecture militaire celtique des IIe-Ier siècles avant J.-C. Ce type de rempart associe une armature interne de poutres de chêne chevillées avec des barres de fer, un remplissage de terre et de pierres, et un parement externe de blocs calcaires appareillés. La hauteur de ces structures atteignait couramment 4 à 6 mètres, conférant au site une silhouette imposante visible depuis la Loire en contrebas. Les matériaux de construction locaux — le tuffeau blanc caractéristique de la vallée de la Loire — ont été abondamment exploités. À l'intérieur du périmètre fortifié, la superficie totale du site, estimée à plusieurs hectares, accueillait une organisation spatiale structurée : zones de stockage, ateliers métallurgiques, habitations en matériaux périssables dont les traces au sol témoignent encore de l'intense activité qui y régnait. Les phases romaines ont sans doute introduit des éléments de construction en dur — tuiles de terre cuite, mortier de chaux — dont les fragments peuvent encore être relevés en prospection de surface.


