Au cœur de Pacé, trois croix de granit du XVIe siècle déploient un exceptionnel vocabulaire sculpté breton : Vierge à l'Enfant en trilobe, calvaire en bâtière et croix en forme de chasuble romaine.
Le nouveau cimetière de Pacé abrite l'un des ensembles de croix de granit les plus singuliers d'Ille-et-Vilaine. Transférées de l'ancien cimetière paroissial pour les mieux préserver, ces trois croix monumentales constituent un témoignage rare et cohérent de la sculpture funéraire bretonne du XVIe siècle, à une époque où la ferveur mariale et christologique imprimait sa marque dans le moindre bourg de la péninsule armoricaine. Chacune des trois croix possède une personnalité architecturale et iconographique distincte, ce qui en fait un véritable cabinet de curiosités lapidaires à ciel ouvert. La première, portant la Vierge à l'Enfant encadrée dans un élégant trilobe, illustre la douceur du gothique finissant en pays breton. La deuxième, dite « en bâtière », déploie un petit toit mouluré caractéristique de la production sculptée de l'Armorique intérieure, forme rare qui confère à l'ensemble une allure presque architecturale. La troisième, avec sa croix en chasuble romaine ornée de palmettes, témoigne d'une sensibilité plus archaïsante, héritée du roman régional. L'expérience de visite est tout à fait particulière : contrairement aux grandes enclos paroissiaux de Saint-Thégonnec ou de Guimiliau, ici point de foule ni d'audioguide. Le visiteur découvre ces pierres dans le silence d'un cimetière villageois, ce qui renforce l'émotion et l'intimité du contact avec ces sculptures vieilles de cinq siècles. Le granit local, taillé avec soin, a acquis une patine gris-bleu qui dialogue harmonieusement avec le ciel de Haute-Bretagne. Pacé, commune aujourd'hui intégrée à la couronne rennaise, conserve dans ce lieu discret un fragment de mémoire spirituelle qui échappe aux circuits touristiques classiques. Venir ici, c'est retrouver la Bretagne profonde, celle des tailleurs de pierre anonymes qui sculptaient leur foi dans le granit pour l'éternité.
Les trois croix se distinguent par la diversité de leurs solutions formelles, toutes exécutées dans le granit gris caractéristique du bassin rennais. La première croix repose sur un socle aux angles arrondis qui supporte un fût octogonal : cette section en huit pans est typique de la production sculptée bretonne du XVIe siècle, conférant légèreté visuelle et rigidité structurelle à la pièce. La Vierge à l'Enfant y est encadrée dans un trilobe, motif gothique traité avec une relative souplesse qui trahit l'influence des ateliers de la région rennaise. La deuxième croix, dite « en bâtière », constitue la pièce la plus remarquable de l'ensemble. Son socle en tronc pyramidal à angles abattus supporte un fût octogonal dans sa partie inférieure, qui devient carré dans sa partie haute — une transition formelle rare et techniquement exigeante. Ses deux faces présentent respectivement la Vierge et le Christ en croix, tandis que le couronnement en bâtière — petit toit mouluré amorti par un prisme octogonal — confère à l'ensemble un caractère quasi architectural, évoquant les édicules de protection des croix processionnelles. La troisième croix se singularise par sa croix en forme de chasuble romaine, silhouette évasée aux bras légèrement incurvés rappelant le vêtement liturgique. Son socle est agrémenté de palmettes sculptées aux angles supérieurs, motif décoratif archaïsant qui évoque une influence de la sculpture romane tardive encore vivace dans l'Armorique intérieure au début de la Renaissance.
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