Moulins à vent de Péronne
Deux tours jumelles dressées sur les hauteurs de Chanteloup-les-Bois, les moulins à vent de Péronne témoignent d'une architecture meunière du XIXe siècle, avec leurs élégants encadrements de briques et leur silhouette reconnaissable dominant l'étang.
Histoire
Au cœur du bocage angevin, sur les terres douces du Maine-et-Loire, les moulins à vent de Péronne forment l'un de ces duos architecturaux rares que le paysage rural français a su préserver. Perchées sur un relief discret mais affirmé, les deux tours jumelles dominent à la fois le moulin à eau voisin et la chaussée de l'étang de Péronne, composant un tableau pittoresque où l'eau et le vent se font écho à travers les siècles. Ce qui rend cet ensemble véritablement singulier, c'est précisément cette gémellité : deux édifices construits selon un programme identique, presque comme deux frères de pierre et de brique, érigés entre 1811 et 1850. Chacun des moulins-tours s'élève sur un rez-de-chaussée et deux étages, rythmés par des baies à arcs segmentaires encadrées de brique — un soin décoratif inhabituel pour des bâtiments à vocation purement utilitaire, qui confère à l'ensemble une dignité architecturale certaine. La tour ouest est la mieux conservée : elle a gardé sa coiffe conique en ardoise, ce chapeau caractéristique des moulins-tours de l'Ouest, qui lui restitue sa silhouette complète et évocatrice. Sa jumelle orientale, privée de cette toiture, offre en contrepartie un profil plus dépouillé, presque romantique dans son état de ruine maîtrisée. Ensemble, elles racontent le temps qui passe et la fragilité du patrimoine industriel rural. Le site bénéficie d'un cadre naturel d'exception. L'étang de Péronne et sa chaussée, le moulin à eau en contrebas, les champs et les haies du bocage environnant : tout conspire à faire de cette halte une expérience bucolique et contemplative. Les amateurs de photographie de paysage et de patrimoine vernaculaire y trouvent matière à de belles compositions, notamment à l'aube ou en fin d'après-midi, quand la lumière rasante accentue la texture de la maçonnerie.
Architecture
Les moulins de Péronne appartiennent à la famille des moulins-tours, typiques de l'Ouest de la France. Contrairement aux moulins-pivots ou cavier, dont l'ensemble de la structure tournait pour orienter les ailes face au vent, le moulin-tour est un édifice maçonné fixe au sein duquel seul le chapeau sommital pivotait pour exposer les ailes à la direction du vent. Ce principe constructif, plus stable et plus durable, favorisa la construction de tours en pierre ou en brique, souvent de belle facture. Chacune des deux tours présente la même organisation intérieure : un rez-de-chaussée et deux étages superposés, correspondant aux différents niveaux fonctionnels de la meunerie (stockage, mécanismes d'engrenage, meules, trémies). Les baies percées dans la maçonnerie adoptent la forme d'arcs segmentaires — c'est-à-dire des arcs dont la courbure est inférieure à un demi-cercle — et sont soulignées par des encadrements en brique, qui tranchent agréablement avec la maçonnerie de moellon locale. Ce souci de mise en valeur des ouvertures témoigne d'une ambition esthétique dépassant le simple utilitaire. La tour ouest a conservé sa toiture conique en ardoise, matériau emblématique du bâti de l'Anjou et du bocage ligérien, qui coiffait autrefois le mécanisme d'orientation des ailes. Ce chapeau pivotant constituait la pièce maîtresse du système éolien : solidaire des ailes et de l'arbre moteur, il permettait au meunier d'adapter l'orientation du moulin à chaque changement de vent. Aujourd'hui vidées de leurs mécanismes, les tours n'en demeurent pas moins des témoins architecturaux précieux de la meunerie angevine du premier XIXe siècle.


