
Moulin Tosset
Vestige meulier inscrit aux Monuments Historiques, le Moulin Tosset de Griselles conserve une roue métallique à augets en état de marche, témoignage rare de la meunerie loirétaine du XVe siècle.

© Wikimedia Commons
Histoire
Au cœur du Gâtinais, sur la commune de Griselles dans le Loiret, le Moulin Tosset s'impose comme l'un des rares témoins authentiques de la meunerie hydraulique médiévale encore debout en région Centre-Val de Loire. Inscrit aux Monuments Historiques depuis 1991, il déploie une silhouette composite qui raconte, pierre après pierre, cinq siècles d'activité meunière sans interruption ou presque. Ce qui rend ce moulin véritablement singulier, c'est la coexistence de trois séquences architecturales clairement lisibles : une partie sud qui constitue le noyau originel du bâtiment, une partie centrale dotée de cheminées caractéristiques du XVe siècle, et une aile nord vraisemblablement ajoutée à la fin du XIXe siècle, quand la mécanisation contraignait les moulins traditionnels à s'agrandir ou à disparaître. Cette stratification du bâti fait du Moulin Tosset un véritable livre d'histoire ouvert sur l'évolution des techniques meunières. L'expérience de visite réserve une surprise de taille : la roue à augets en métal, implantée à l'extérieur du bâtiment, est toujours en état de marche. Ce détail, rare pour un moulin rural du Gâtinais, confère au lieu une dimension vivante que les reconstitutions muséographiques ne sauraient égaler. Voir tourner cette roue forgée, entendre le clapotis de l'eau contre les augets, c'est renouer avec un geste industrieux vieux de plusieurs siècles. Le cadre verdoyant typique du bocage gâtinais enveloppe le moulin dans une atmosphère paisible et photogénique. Les amateurs de patrimoine rural, les photographes en quête de reflets aquatiques et les familles souhaitant initier les plus jeunes à l'histoire des métiers d'antan trouveront ici une halte mémorable, loin de l'agitation touristique des grands sites de la Loire.
Architecture
Le Moulin Tosset présente une volumétrie composite en trois parties distinctes, reflet de ses phases de construction successives s'étalant du XVe au XIXe siècle. La partie centrale, vraisemblablement la plus représentative de la période médiévale, se signale par ses cheminées aux hottes et manteaux typiques de la fin du Moyen Âge, construites en pierre calcaire extraite des carrières du Gâtinais. La partie sud, qui constitue le corps de moulin à proprement parler, intègre les dispositifs techniques liés à la transformation du grain. L'aile nord, d'une facture plus sobre et fonctionnelle, reflète les standards constructifs ruraux de la fin du XIXe siècle. L'élément technique le plus remarquable demeure la roue hydraulique à augets, installée à l'extérieur du bâtiment sans abri de protection. Cette roue en métal, caractéristique d'une modernisation intervenue probablement au XIXe siècle en remplacement d'une roue en bois d'origine, fonctionne selon le principe de la roue par-dessus ou par-dessous selon la hauteur de chute d'eau disponible. Les augets, sortes de godets métalliques fixés en périphérie, recueillent l'eau et transforment l'énergie hydraulique en mouvement rotatif. À l'intérieur, les engrenages du rez-de-chaussée — rouet, lanterne et arbre de couche — transmettaient ce mouvement aux meules situées à l'étage. L'ensemble mécanique est décrit comme étant en état de marche, ce qui constitue une rareté patrimoniale d'une valeur pédagogique et documentaire inestimable pour l'histoire des techniques meunières.


