
Moulin de Nançay
Sentinelle de pierre enjambant le Loing, le pertuis de Nançay déploie ses deux arches en anses de panier sur une pile en éperon, chef-d'œuvre discret de l'hydraulique rurale à la charnière des XVIIIe et XIXe siècles.

© Wikimedia Commons / Wikipedia
Histoire
Au cœur de la plaine du Gâtinais, là où le Loing serpente entre prairies humides et forêts d'eau, le moulin de Nançay se dresse comme un témoignage silencieux de l'ingéniosité hydraulique des artisans de l'Ancien Régime finissant. Son pertuis — terme technique désignant l'ouvrage maçonné qui règle le passage de l'eau — constitue l'élément le plus remarquable et le mieux conservé de l'ensemble, offrant aux regards une architecture à la fois fonctionnelle et d'une sobriété élégante. Ce qui rend cet ouvrage vraiment singulier, c'est la qualité de sa conception : deux arches en anses de panier — cette courbe surbaissée caractéristique de la fin du XVIIIe siècle — reposent sur une pile en éperon, c'est-à-dire taillée en pointe vers l'amont pour fendre le courant et réduire la pression des crues. Cette solution technique, héritée des grands ponts-écluses royaux, est ici appliquée avec une économie de moyens qui révèle le savoir-faire des maçons locaux. La chaussée pavée qui coiffe l'ensemble complète ce tableau d'une architecture de l'eau à la fois robuste et précise. La visite du site invite à une contemplation lente. Les vannes, aujourd'hui fixes, témoignent d'un passé où chaque ouverture ou fermeture dictait le rythme de la meunerie et régulait la vie agricole de tout un terroir. En se penchant depuis la chaussée, on observe encore la maçonnerie immergée, recouverte de mousse et d'algues, qui dialogue avec les reflets du Loing dans une atmosphère presque impressionniste. Le cadre naturel amplifie l'émotion patrimoniale : la rivière du Loing, classée parmi les cours d'eau les plus pittoresques du Bassin parisien, borde ici un paysage de bocage et de zones humides où hérons cendrés et martins-pêcheurs font leur office. Photographes, promeneurs et amateurs de patrimoine rural y trouvent une destination rare, à l'écart des circuits touristiques balisés, dans ce Loiret profond qui garde jalousement ses secrets de pierre et d'eau.
Architecture
Le pertuis du moulin de Nançay repose sur un schéma constructif caractéristique des ouvrages hydrauliques de la fin du XVIIIe siècle en France. Sa structure principale se compose de deux arches en anses de panier — courbes surbaissées dont la largeur excède sensiblement la hauteur — disposition qui favorise un meilleur écoulement du débit tout en limitant la hauteur de l'ouvrage au-dessus du niveau d'eau. Ces arches prennent appui sur une pile centrale en éperon, dont la forme effilée vers l'amont constitue un dispositif anti-érosion efficace, divisant le courant et réduisant les turbulences susceptibles de déstabiliser les fondations. La maçonnerie, vraisemblablement composée de moellons calcaires locaux liés à la chaux — matériaux traditionnels du Gâtinais —, présente une qualité d'exécution soignée, particulièrement visible dans le traitement des voussoirs d'arche et des parements de pile. La chaussée pavée qui couronne l'ensemble constitue un élément de liaison fonctionnel entre les deux rives, permettant le passage des attelages et la manœuvre des vannes. Ces vannes, logées sous les arches dans des rainures maçonnées, permettaient de réguler précisément le débit du Loing selon les besoins de la meunerie et les impératifs de navigation. Dans son ensemble, l'architecture du pertuis de Nançay reflète un équilibre remarquable entre esthétique et fonctionnalité, typique du génie civil rural de l'époque révolutionnaire et du Premier Empire. L'absence d'ornementation superflue, la qualité des proportions et l'intégration harmonieuse dans le paysage fluvial font de cet ouvrage un exemple discret mais éloquent du patrimoine hydraulique ligérien.


