Moulin de la Saulaie
Sentinelle de pierre dressée sur un éperon rocheux dominant le château de Candé, le Moulin de la Saulaie conserve son rare guivre directionnel et ses ailes Berton, témoins intacts de la meunerie angevine du XIXe siècle.
Histoire
Perché sur une éminence rocheuse qui domine le paysage bocager du Segréen, le Moulin de la Saulaie est l'un des rares moulins-tours de la région Maine-et-Loire à avoir préservé l'essentiel de son dispositif d'orientation d'origine. Loin des reconstitutions muséographiques, il offre aux visiteurs une rencontre authentique avec l'architecture meunière angevine, dans un état de conservation qui tient à la fois du témoignage historique et de la ruine romantique. Ce qui distingue immédiatement le Moulin de la Saulaie de ses homologues segréens, c'est la présence de son guivre directionnel — une pièce de bois ou de métal en forme de girouette articulée permettant d'orienter manuellement la coiffe et les ailes face au vent. Alors que la plupart des moulins-tours de la région avaient adopté au XIXe siècle le treuil de giration ou le moulinet d'orientation automatique, celui-ci a conservé ce mécanisme plus ancien, faisant de lui un exemple précieux pour comprendre les savoir-faire meuniers traditionnels. La tour, qui compte trois étages, s'élève avec une sobriété toute angevine. Ses murs épais, probablement maçonnés en granite local, témoignent d'un soin constructif destiné à résister aux vents dominants de la vallée de l'Erdre. La coiffe, aujourd'hui immobilisée et légèrement affaissée sur son chemin de roulement, conserve néanmoins sa silhouette bombée caractéristique des moulins-tours de l'Ouest français, ajoutant une note de mélancolie pittoresque à l'ensemble. L'expérience de visite est avant tout contemplative : le promeneur découvre l'édifice en arrivant par les chemins qui serpentent autour du château voisin, et la vue depuis l'éminence rocheuse sur le bocage environnant constitue en elle-même une récompense. Photographes et passionnés d'architecture vernaculaire trouveront ici un sujet d'une rare cohérence patrimoniale, loin des foules touristiques.
Architecture
Le Moulin de la Saulaie appartient à la famille des moulins-tours, type dominant dans le Segréen et plus largement dans l'Ouest de la France. Implanté sur un éperon rocheux naturel qui lui confère à la fois un surcroît d'altitude et une assise granitique solide, sa tour cylindrique s'élève sur trois étages, dont les parois épaisses sont vraisemblablement construites en moellons de granite, matériau omniprésent dans la géologie du nord-anjouvin. La surélévation de deux mètres opérée en 1865 est perceptible dans la légère rupture de la maçonnerie marquant la jonction entre la base ancienne et le couronnement du XIXe siècle. L'élément le plus remarquable est la coiffe tournante, charpente en bois de forme bombée recouvrant le sommet de la tour, qui abrite le mécanisme principal d'entraînement. Elle repose sur un chemin de roulement circulaire et peut, en théorie, pivoter librement pour faire face au vent — orientation commandée ici par le guivre, longue pièce en saillie servant de gouvernail aérodynamique. Ce dispositif, aujourd'hui immobilisé et légèrement affaissé, conserve néanmoins son intégrité formelle. Outre le guivre, l'arbre moteur horizontal (axe en bois massif transmettant la force des ailes aux meules) et une partie des verges (bras porteurs des ailes) subsistent, même si les verrons pivotants qui permettaient l'orientabilité des jalousies Berton ont disparu.


