Moulin à vent Richard, dit aussi de Saint-Thomas
Sentinelle de bois dressée sur la plaine beauceronne, ce moulin-pivot du XVIIIe siècle fascine par son mécanisme Berton semi-automatique et sa cage de châtaignier orientable face aux vents de Beauce.
Histoire
Au cœur de la Beauce dunoise, dans le paisible village de Bazoches-en-Dunois, le moulin Richard — dit aussi moulin de Saint-Thomas — se dresse comme un témoignage vivant de l'architecture meunière traditionnelle. Loin des silhouettes maçonnées que l'on associe parfois aux moulins de carte postale, cet édifice entièrement en bois incarne une autre tradition, plus discrète et plus ancienne, celle du moulin-pivot, où c'est la totalité de la cage qui pivote pour chercher le vent. Ce qui rend ce moulin véritablement singulier, c'est la coexistence de deux époques techniques sur une même structure. Le corps de bois, hérité du XVIIIe siècle, repose sur un soubassement surélevé qui témoigne d'une adaptation réalisée au XIXe siècle pour accueillir le système Berton : un dispositif d'ouverture semi-automatique des ailes qui constituait alors une véritable révolution pour les meuniers beaucerons. Chaque aile, composée de planchettes mobiles articulées, permet de moduler finement la prise au vent sans interrompre la rotation — un raffinement mécanique que l'on ne soupçonne pas au premier regard. La visite de ce moulin est une plongée dans l'ingéniosité paysanne. On découvre les bandeaux de châtaignier qui habillent chaque face de la cage, matériau choisi pour sa résistance aux intempéries et à l'humidité. Les petites ouvertures ménagées sur les façades latérales et du côté de la queue laissent filtrer une lumière tamisée, créant une atmosphère unique à l'intérieur. La queue, longue pièce de bois inclinée, permettait autrefois au meunier d'orienter manuellement l'ensemble de la structure selon la direction du vent — un geste quotidien, presque chorégraphique, qui rythmait la vie des campagnes. Le cadre environnant renforce le charme de la visite. Posé dans la douce ondulation des terres dunnoises, entre champs de céréales et horizons dégagés, le moulin Richard offre aux photographes et aux amateurs de patrimoine rural une perspective remarquable, notamment aux heures dorées de fin d'après-midi où la lumière rasante exalte les teintes chaudes du bois vieilli. La région, entre Chartres et Vendôme, recèle d'autres témoins de cette civilisation agricole, mais peu possèdent la complétude technique et l'intégrité formelle de ce moulin inscrit aux Monuments Historiques depuis 1988.
Architecture
Le moulin Richard est un moulin-pivot, type d'édifice meulier où l'intégralité de la cage de bois pivote sur un axe vertical central pour s'orienter face au vent — par opposition au moulin-tour, dont seul le toit mobile tourne. Sa structure repose sur un pivot de bois massif, pièce maîtresse de l'ensemble, étayé par des faux-pieds inclinés qui transmettent les charges vers des piles de maçonnerie surélevées, ajoutées au XIXe siècle lors de l'installation du système Berton. Ce soubassement surélevé confère au moulin une silhouette reconnaissable, légèrement exhaussée par rapport aux moulins-pivots les plus archaïques. La cage elle-même est habillée de bandeaux de châtaignier — bois réputé pour son imperméabilité naturelle et sa résistance aux champignons — qui couvrent chacune des quatre faces. De petites ouvertures percées sur les façades latérales et sur la face de la queue assurent l'éclairage et l'aération intérieure. La queue, longue pièce de bois inclinée partant du corps principal jusqu'au sol, est l'organe d'orientation du moulin ; un escalier y est accolé, permettant l'accès à l'étage et au mécanisme intérieur. Les ailes à système Berton sont constituées de planchettes mobiles articulées comme des jalousies, dont l'angle peut être réglé pour moduler la prise au vent, voire les fermer entièrement en cas de tempête. Ce dispositif semi-automatique, relié par des tringles au mécanisme intérieur, représente le niveau de sophistication technique le plus abouti de la meunerie à vent française du XIXe siècle.


