Moulin à vent du Rat
Sentinelle de schiste dressée sur le bocage segréen, le Moulin du Rat est le seul moulin à farine en activité du Maine-et-Loire, produisant de la farine blanche grâce à ses ailes Berton restaurées.
Histoire
Au cœur du pays segréen, entre bocages et vallons du nord du Maine-et-Loire, le Moulin à vent du Rat s'élance à neuf mètres au-dessus de la commune de Challain-la-Potherie. Sa silhouette élancée, taillée dans le schiste sombre caractéristique de la région, en fait l'un des témoignages les plus saisissants de l'architecture meunière de l'Anjou rural. Inscrit aux Monuments Historiques depuis 1975, il est aujourd'hui le seul moulin à vent encore capable de produire de la farine de boulangerie dans tout le département. Ce qui distingue le Moulin du Rat de tant d'édifices similaires tombés en désuétude, c'est sa vitalité retrouvée. Après des décennies d'adaptation — moteur diesel, puis électrique — et une longue période de silence, il a repris vie grâce à la passion d'un descendant de la famille meunière Hoinard et à l'engagement du mouvement écologiste des années 1970-1980. Depuis 1992, ses ailes Berton tournent de nouveau au vent, et depuis 1991, un contingent céréalier officiel lui permet de moudre du grain pour produire une farine artisanale d'exception. Visiter le Moulin du Rat, c'est plonger dans le fonctionnement intime d'une mécanique d'un autre âge. Du rez-de-chaussée où s'effectuent la bluterie et l'ensachage jusqu'au troisième étage où le meunier vire la coiffe à l'aide d'un treuil, chaque niveau raconte une étape du travail meulier. L'étroite échelle qui épouse la courbe du mur de pierre invite à une ascension presque rituelle, entre l'odeur de la farine et le grondement sourd des meules. Le cadre participe pleinement à la magie du lieu. Perché dans un bocage de haies vives et de chemins creux, le moulin offre depuis son sommet un panorama sur les douces ondulations du pays segréen, cette Anjou profonde que les grandes routes touristiques ignorent trop souvent. Un lieu authentique, loin des reconstructions muséifiées, où la pierre et le vent dialoguent encore comme au temps des meuniers Hoinard.
Architecture
Le Moulin du Rat appartient au type dit « moulin-tour », la forme architecturale la plus élaborée de la meunerie à vent française. Sa tour cylindrique, bâtie en schiste ardoisier du pays segréen, s'élève sur neuf mètres de hauteur après son rehaussement de la seconde moitié du XIXe siècle. Ce matériau local, aux reflets bleutés et sombres, lui confère une identité visuelle forte et l'ancre profondément dans l'identité paysagère de l'Anjou du nord. La coiffe — la calotte pivotante qui supporte les ailes — est orientable grâce à un treuil manœuvré depuis le troisième étage intérieur, permettant de présenter les ailes face au vent quelle que soit sa direction. Les ailes Berton, système mis au point au XIXe siècle par Pierre-Théophile Berton, constituent la pièce maîtresse du moulin. Composées de volets articulés réglables, elles permettent une meilleure régulation de la vitesse de rotation et une adaptation aux variations du vent, surpassant en efficacité et en sécurité les vieilles ailes à toile. Elles s'articulent sur des verges en bois, refaites par André Croix en 1992 selon les techniques traditionnelles de la charpente meunière. L'intérieur se répartit sur trois niveaux desservis par une échelle étroite qui suit la courbure du mur de pierre, solution typique des moulins-tours anjouins. Au rez-de-chaussée se trouvent la bluterie — pour tamiser la farine — et l'espace d'ensachage. Au deuxième étage, le cœur mécanique du moulin : trois paires de meules entraînées par le hérisson et trois couronnes d'engrenages en bois. Au troisième étage, le treuil de virure de coiffe complète ce dispositif mécanique d'une cohérence remarquable, entièrement dépendant de l'énergie éolienne.


