Moulin à vent dit moulin de Patouillet
Dernier chandelier typique de l'Anjou, le moulin de Patouillet dresse sa silhouette de bois sur sa cavette de pierre. Un survivant exceptionnel, restauré et remis au vent, témoin vivant de la meunerie angevine du XIXe siècle.
Histoire
Au cœur du Val de Loire angevin, sur la commune de Charcé-Saint-Ellier-sur-Aubance, le moulin de Patouillet est bien plus qu'un vestige pittoresque : c'est l'un des deux derniers moulins à chandelier encore debout en Anjou, une région qui en comptait entre deux cents et trois cents exemplaires au début du XIXe siècle. Sa silhouette élancée, tout en bois sombre, juchée sur sa petite tourelle de maçonnerie appelée cavette, impose une présence à la fois modeste et souveraine dans le paysage bocager de la vallée de l'Aubance. Ce qui rend le moulin de Patouillet véritablement unique, c'est la pureté de sa conception. Contrairement aux moulins beaucerons, massifs et « assis par terre », le chandelier angevin est surélevé, aérien, presque suspendu au-dessus du sol. La cavette, coiffée de son toit conique, n'est pas qu'un socle : elle joue un rôle fonctionnel essentiel, permettant à la cage de bois pivotante de capter les vents à une hauteur favorable tout en servant d'espace de stockage. L'ensemble est démontable, transportable — une légèreté ingénieuse qui témoigne du pragmatisme des meuniers d'autrefois. La visite du moulin de Patouillet plonge le visiteur dans l'univers fascinant de la meunerie traditionnelle. À l'intérieur de la grande cage en bois, accessible par une large échelle extérieure, deux paires de meules patientent dans la pénombre odorante de la farine ancienne. Les mécanismes de transmission, les volées Berton et la charpente savante du pied constituent un véritable traité de mécanique populaire. Le moulin a été restauré avec soin et remis au vent en 1984, retrouvant ainsi sa fonction première. Le cadre environnant renforce le charme de la découverte. Le moulin à vent de Patouillet se dresse à proximité immédiate du moulin à eau du même nom, témoignant d'une organisation hydraulique et éolienne complémentaire typique de la gestion rurale du XIXe siècle angevin. La vallée de l'Aubance, ses vignes et ses tuffaux dorés composent un décor de carte postale que les amateurs de patrimoine industriel et rural sauront apprécier à leur juste valeur.
Architecture
Le moulin de Patouillet est un moulin à chandelier, type spécifique à la tradition meunière angevine qui le distingue fondamentalement des moulins-tours de pierre ou des moulins-pivots beaucerons. L'ensemble de la structure est en bois, entièrement démontable, et repose sur un principe mécanique d'une élégance remarquable. Il se compose de deux parties distinctes : la cavette et la cage pivotante. La cavette est une petite tourelle maçonnée, coiffée d'un toit conique, qui élève le moulin à une hauteur suffisante pour capter les vents dominants au-dessus des obstacles naturels du bocage environnant. Elle remplit également une fonction de stockage, indispensable à l'activité meunière. À l'intérieur de la cavette repose le pied en charpente du moulin : deux soles entrecroisées et huit liens obliques étrésillonnent le pivot fixe vertical — le fameux « chandelier » qui donne son nom à ce type de moulin. L'extrémité supérieure de ce chandelier soutient la grande cage en bois et lui permet de pivoter librement pour s'orienter face au vent. La cage, accessible par une large échelle extérieure, contient les mécanismes de mouture : deux paires de meules, les engrenages de transmission et l'arbre principal relié aux ailes. Ces dernières sont équipées de volées Berton, un système de régulation de la surface de voilure inventé au XIXe siècle par le meunier normand Pierre-Théophile Berton, qui permet d'adapter la prise au vent sans arrêter la rotation. Ce dispositif, caractéristique des moulins de la seconde moitié du XIXe siècle, témoigne d'une réelle sophistication technique dans un édifice en apparence rustique.


