Dressé sur les hauteurs d'Angrie, le Moulin Neuf conjugue tour de schiste du XVIIe siècle et ailes Berton du XIXe. Restauré à l'identique, il tourne encore sous le vent d'Anjou.
Au cœur du bocage angevin, le Moulin Neuf — ou Moulin de la Marmite — s'élève avec une rare élégance au-dessus du paysage vallonné d'Angrie. Sa silhouette trapue, légèrement tronconique, et sa coiffe en bardeaux de châtaignier en font l'un des moulins à vent les mieux conservés du Maine-et-Loire, un département pourtant riche en témoins de l'industrie meunière traditionnelle. Ce qui distingue véritablement cet édifice, c'est la superposition lisible de ses strates historiques : la tour en moellons de schiste témoigne d'un savoir-faire local pluriséculaire, tandis que les baies à arcs segmentaires encadrées de brique révèlent la modernisation engagée vers 1865. L'installation des ailes Berton — ces grandes voiles aérodynamiques d'une envergure de 17 mètres — confère au moulin une allure presque industrielle, sans jamais rompre avec l'esthétique rurale qui lui est propre. L'expérience de visite est ici celle d'un moulin vivant. Depuis la remise en marche de ses mécanismes le 27 décembre 1980, l'édifice fonctionne à nouveau, offrant au visiteur le spectacle rare d'un rouet en orme et d'une transmission centenaire entraînant deux paires de meules. Le craquement du bois, le souffle des ailes et l'odeur douce de la farine fraîche transportent immédiatement dans un temps révolu. Le cadre bucolique d'Angrie complète l'ensemble : depuis la plateforme qui ceint la tour, le regard embrasse les ondulations verdoyantes du Segréen, ponctuées de haies et de ruisseaux. Un lieu hors du temps, idéal pour les amateurs de patrimoine industriel, les familles curieuses et les photographes en quête de lumières d'or sur les ailes tournantes.
Le Moulin Neuf présente une tour-moulin de plan circulaire, légèrement tronconique, élevée en moellons de schiste gris-bleu extraits des affleurements locaux. Cette pierre sombre et robuste, caractéristique du bocage du Segréen, confère à l'édifice une gravité minérale qui contraste avec la légèreté des ailes. La tour, haute de 11 mètres, compte trois niveaux desservis intérieurement par des échelles de meunier. Les baies, remaniées lors de la surélévation de 1865, adoptent un profil à arc segmentaire — plus plat que le plein cintre — encadré de briques de tuilerie rouge, dont le contraste chromatique avec le schiste constitue un repère visuel distinctif et typique du XIXe siècle angevin. Au sommet, la coiffe tournante — véritable chapeau mécanique orientable face au vent — est recouverte de bardeaux de châtaignier, bois imputrescible traditionnellement employé dans l'ouest de la France pour sa résistance aux intempéries. Cette coiffe pivote autour de la tour pour aligner l'axe des ailes dans la direction du vent dominant. Les ailes Berton, d'une envergure de 17 mètres, sont équipées d'un système de volets articulés permettant de moduler la surface de prise au vent — une innovation mécanique du XIXe siècle particulièrement appréciée des meuniers professionnels. À l'intérieur, le visiteur découvre un ensemble mécanique remarquablement cohérent : le grand arbre horizontal en bois transmettait sa rotation au rouet en orme, dont les dents engrènent la lanterne verticale entraînant les meules. Deux paires de meules de 1,60 mètre de diamètre occupent le niveau de travail. Le moteur Ruston-Hornsby de 1930, conservé in situ, complète cet inventaire technique exceptionnel, faisant du Moulin Neuf un véritable musée vivant de la meunerie angevine.
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