Moulin à vent des Pelouses
Témoins silencieux du val de Loire, les moulins à vent des Pelouses incarnent l'ingéniosité du moulin cavier, type rare alliant meunerie et cave à vin pour protéger le précieux nectar tourangeau.
Histoire
Dressés sur les coteaux dominant la Loire à Chouzé-sur-Loire, les moulins des Pelouses forment l'un des derniers témoignages tangibles d'une tradition meunière spécifique au val de Loire : le moulin cavier. Ce type d'édifice, propre à cette région viticole, se distingue radicalement de ses cousins bretons ou normands par sa vocation doublement utilitaire — moudre le grain et conserver le vin — faisant de lui un objet architectural réellement singulier dans le paysage patrimonial français. Ce qui rend ces moulins véritablement uniques, c'est leur intégration profonde dans l'économie locale d'autrefois. Ici, la pierre du soubassement ne servait pas qu'à ancrer la tour : elle abritait une cave fraîche, à l'abri des fluctuations thermiques et, surtout, loin des risques d'incendie provoqués par le frottement des meules surchauffées. Une solution architecturale brillante qui témoigne de la capacité des artisans locaux à adapter des savoir-faire traditionnels aux contraintes d'un terroir. La visite des moulins des Pelouses offre une plongée dans l'économie rurale du XIXe siècle ligérien. On devine encore, dans la silhouette trapue des tours de tuffeau, la mécanique silencieuse qui animait autrefois ces hauteurs ventées. Privés de leurs ailes depuis 1895, les moulins ont retrouvé une dignité grâce à leur inscription aux Monuments Historiques en 1975, qui assure leur pérennité. Le cadre naturel amplifie l'émotion du lieu. Perchés au-dessus de la vallée, ces moulins offrent des vues dégagées sur le lit de la Loire, ses îles de sable blond et ses vignobles alentour. Le paysage, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, dialogue harmonieusement avec ces silhouettes de pierre qui ponctuent l'horizon depuis des siècles.
Architecture
Les moulins des Pelouses appartiennent au type dit « moulin cavier », forme architecturale caractéristique du val de Loire et quasi absente du reste du territoire français. Leur morphologie est celle d'une tour cylindrique ou légèrement tronconique, élevée sur un soubassement massif en tuffeau, cette pierre calcaire blanche et tendre extraite des falaises ligériennes, facile à tailler et à mettre en œuvre. La pierre de tuffeau confère à ces édifices leur teinte blonde si caractéristique, qui s'harmonise avec les paysages de la vallée. La particularité structurelle essentielle réside dans le soubassement : le cavier, véritable pièce maîtresse de ces moulins, constitue une cave voûtée intégrée à la base de la tour. Fraîche en été, protégée des gelées en hiver, cette cave servait tant à la conservation des vins qu'au stockage des grains. Les murs épais — probablement de l'ordre d'un mètre — garantissaient une inertie thermique optimale, tandis que la forme cylindrique de la tour offrait une résistance maximale aux vents dominants qui animaient les ailes. Au sommet, la tour supportait autrefois un mécanisme rotatif permettant d'orienter le chapeau de bois et les ailes face au vent. Bien que les ailes aient été démontées en 1895, la silhouette générale des deux tours demeure lisible et témoigne de la robustesse de la construction d'origine. L'ensemble forme un duo architectural cohérent, dont les proportions équilibrées et l'implantation sur les hauteurs ventées de Chouzé rappellent la logique fonctionnelle qui présida à leur édification aux XVIIIe et XIXe siècles.


