
Moulin à vent de Lignerolles
Sentinelle de pierre et de bois plantée sur les plateaux beaucerions, le moulin de Lignerolles à Coinces incarne l'âme meunière de la Beauce, classé Monument Historique depuis 1942 pour l'exemplarité de sa facture traditionnelle.

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Histoire
Dressé sur les hauteurs douces du plateau beauceron, le moulin à vent de Lignerolles appartient à cette famille d'édifices ruraux que l'on nomme moulins-tours, caractéristiques de la plaine céréalière du Loiret. Sa silhouette trapue et fière se découpe sur le ciel immense de la Beauce, ce pays du blé où les horizons interminables ont toujours offert aux meuniers les vents réguliers indispensables à leur activité. À quelques kilomètres d'Orléans, la commune de Coinces conserve en lui l'un des derniers témoins d'une économie agricole qui structura la région pendant plusieurs siècles. Ce qui rend le moulin de Lignerolles truly singulier, c'est sa valeur testimoniale dans un paysage où les moulins ont presque tous disparu. La Beauce comptait autrefois des centaines de ces structures ; rares sont celles qui ont traversé les siècles avec suffisamment d'intégrité pour mériter une protection au titre des Monuments Historiques, accordée dès 1942. Ce classement précoce témoigne de la conscience patrimoniale remarquable des acteurs locaux dans un contexte pourtant dominé par les urgences de la Seconde Guerre mondiale. L'expérience de visite est avant tout sensorielle et contemplative. S'approcher du moulin, c'est lire dans la pierre et le bois les gestes oubliés des meuniers qui montaient en ses étages pour surveiller la mouture, régler la voilure des ailes, ou guetter les changements du vent. Le visiteur attentif y retrouvera les traces d'un savoir-faire millénaire : la maçonnerie solide de la tour, les assemblages de charpente habilement dressés, l'ingéniosité mécanique d'une machinerie entièrement dépendante de l'énergie éolienne. Le cadre bucolique de Coinces, village discret niché entre Beauce et Orléanais, complète idéalement la visite. Les champs de céréales à perte de vue, les routes bordées de peupliers et le ciel changeant du Val de Loire offrent au photographe comme au promeneur un décor d'une authentique sobriété. Le moulin de Lignerolles, c'est aussi cela : une invitation à ralentir, à saisir la permanence du paysage face à l'agitation du monde moderne.
Architecture
Le moulin de Lignerolles appartient au type du moulin-tour, forme architecturale dominante en Beauce à partir du XVIIe siècle. Sa tour cylindrique, maçonnée en calcaire local extrait des carrières du Gâtinais ou de la plaine beauceronne, s'élève sur plusieurs niveaux — généralement trois à quatre étages — avec des murs d'une épaisseur notable en partie basse, souvent supérieure au mètre, assurant la stabilité nécessaire pour résister aux efforts exercés par le mécanisme et les ailes en rotation. La porte d'entrée, orientée sous le vent dominant, est percée dans le tiers inférieur de la tour, surmontée d'un arc en plein cintre caractéristique des constructions rurales de l'Orléanais. La coiffe, ou chapeau, couronnant la tour constitue l'élément technique le plus remarquable de l'édifice. Pivotante, elle permet d'orienter les quatre ailes face au vent sans déplacer l'ensemble de la structure — innovation majeure du moulin-tour par rapport au moulin-pivot. Cette coiffe était traditionnellement charpentée en bois de chêne et couverte de bardeaux ou de zinc. Les ailes, dont l'envergure atteignait couramment douze à quinze mètres d'un bout à l'autre, portaient des toiles de lin ou de chanvre tendues sur des cadres de bois. À l'intérieur, la machinerie de meunerie comprenait l'arbre moteur horizontal, les engrenages en bois d'orme ou de cormier, et les meules de grès appairées pour la mouture des céréales.


