Moulin à vent de Frouville-Pensier
Sentinelle de pierre au cœur de la Beauce, le moulin-tour de Frouville-Pensier dresse sa silhouette élancée depuis le XIXe siècle sur un site meunier attesté dès le Moyen Âge.
Histoire
Au bord des plaines céréalières d'Eure-et-Loir, le moulin à vent de Frouville-Pensier incarne à merveille l'alliance entre le génie paysan et l'ingéniosité mécanique de la Beauce. Dressé sur son promontoire légèrement surélevé, le moulin-tour domine un paysage agricole immuable, où le ciel immense et les étendues de blé semblent avoir été dessinés exprès pour accueillir ses ailes. Ce qui distingue ce moulin de tant d'autres vestiges de la meunerie française, c'est d'abord la continuité de son histoire : depuis le XIIIe siècle, on moud ici le grain des terres beauceroises. Le moulin actuel, édifié au deuxième quart du XIXe siècle, témoigne d'une tradition vivante prolongée bien au-delà du simple mouvement des ailes. Les plaques gravées scellées au-dessus de la porte d'entrée — un procédé rare — confèrent à l'édifice une dimension presque personnelle, comme une signature du meunier dans la pierre même. A l'intérieur, trois niveaux superposés reliés par un escalier intérieur restituent l'atmosphère dense et technique des anciens ateliers de mouture. Meules, engrenages de bois et mécanismes de transmission témoignent de la sophistication d'un artisanat souvent sous-estimé. Le visiteur attentif remarquera surtout le système d'orientation de la toiture pivotante, véritable prouesse mécanique d'abord actionnée par une queue extérieure, puis modernisée à la fin du XIXe siècle grâce à un treuil intérieur. Le cadre lui-même participe à l'expérience : autour du moulin, les champs à perte de vue rappellent que la Beauce fut pendant des siècles le grenier à blé de la France, et que des édifices comme celui-ci en étaient les poumons. Photographes et amoureux du patrimoine rural trouveront ici un sujet de choix, particulièrement à la lumière rasante du matin ou en fin d'après-midi, lorsque la silhouette du moulin se découpe sur un ciel ocré.
Architecture
Le moulin de Frouville-Pensier appartient à la famille des moulins-tours, type architectural caractéristique du bassin parisien et de la Beauce, où seule la toiture pivote autour d'un corps fixe en maçonnerie, par opposition au moulin-pivot entièrement mobile. La tour repose sur un soubassement en pierre de taille soigneusement appareillé, qui assure la stabilité de l'ensemble sur le sol limoneux de la plaine beauceronne. Les murs de la tour, montés en moellons liés au mortier, sont renforcés par des chaînes de pierre harpées aux angles, technique qui confère à l'édifice une robustesse remarquable face aux contraintes éoliennes. Un bandeau de pierre court à mi-hauteur de la tour, ceinturant l'édifice et marquant visuellement la transition entre les niveaux inférieurs et la partie haute. La toiture, de forme conique ou en dôme selon la tradition beauceronne, repose sur un système de rails circulaires qui lui permet de pivoter librement sur trois cent soixante degrés. Ce dispositif d'orientation constitue la pièce maîtresse de la mécanique du moulin : d'abord commandé par une queue extérieure, il fut équipé à la fin du XIXe siècle d'un treuil intérieur, dont le mécanisme est toujours en place. L'entrée principale, surmontée des plaques gravées commémoratives, ouvre sur un escalier intérieur donnant accès aux trois niveaux superposés, où subsistent les éléments de la machinerie meunière : arbres de transmission, engrenages, supports de meules.


