
Moulin à vent de Bel-Air
Rescapé des coteaux de Châteauneuf-sur-Loire, ce moulin à chandelier du XVIIe siècle est un témoin exceptionnel de la meunerie beauceronne, doté d'un mécanisme Berton remarquablement préservé.

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Histoire
Perché dans la campagne du Loiret, le moulin à vent de Bel-Air à Guilly incarne une page souvent oubliée du patrimoine rural français : celle des moulins-chandeliers, ces géants de bois pivotants qui rythmaient autrefois la vie agricole de la Beauce. Monument inscrit deux fois à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, il représente à la fois un chef-d'œuvre de charpenterie ancienne et un témoignage vivant de l'industrie meunière ligérienne. Ce qui distingue immédiatement le moulin de Bel-Air, c'est son appartenance au type du moulin sur pivot de bois, dit « moulin chandelier ». La cage entière de l'édifice tourne autour d'un poteau central pour orienter les ailes face au vent — un système primitif dans sa conception, mais d'une ingéniosité redoutable, que les meuniers beauceron perfectionnèrent au fil des siècles. Ici, le mécanisme Berton équipant l'arbre moteur taillé à seize facettes permet d'ouvrir ou de fermer les ailes en pleine rotation, une sophistication technique rare encore lisible dans la structure. La visite du moulin de Bel-Air plonge le visiteur dans les entrailles d'une machine médiévale et moderne à la fois. Le rez-de-chaussée dévoile la sole et ses dés de pierre supportant toute la structure ; l'étage intermédiaire, accessible par un escalier extérieur, révèle le pivot central et les vestiges de la bluterie ; enfin, le niveau supérieur conserve deux paires de meules — l'une de 210 cm de diamètre, l'autre de 150 cm — ainsi que leurs lanternes, rouets à alluchons et engrenages d'époque. Un vestige de lame de frein en bois de peuplier complète cet inventaire saisissant. Le cadre environnant, dans le Val de Loire aux portes de la Forêt d'Orléans, ajoute une dimension poétique à la visite. Ce bocage doux, ponctué de champs ouverts où le vent qui jadis faisait tourner les ailes n'a pas changé, invite à une promenade méditative autant qu'historique. Familles curieuses, amateurs de patrimoine industriel et photographes en quête de silhouettes pittoresques y trouveront chacun leur compte.
Architecture
Le moulin de Bel-Air appartient au type le plus ancien et le plus répandu des moulins à vent en Beauce : le moulin sur pivot de bois, communément appelé « moulin chandelier » ou « moulin-tourniole ». Contrairement aux moulins-tours en pierre dont seul le chapeau tourne, ici c'est l'intégralité de la cage en charpente de bois qui pivote autour d'un poteau central vertical — le chandelier — afin d'orienter les ailes face au vent. La cage repose sur une sole horizontale elle-même appuyée sur des dés de pierre, formant une assise solide ancrée dans le sol. L'édifice se développe sur deux niveaux fonctionnels. Le premier étage, accessible par un escalier extérieur, abrite le pivot central et les vestiges de la bluterie, espace dédié au tamisage de la farine. Le second niveau, desservi par un escalier intérieur, concentre le cœur du dispositif mécanique : deux paires de meules (210 cm et 150 cm de diamètre), deux lanternes tronconiques respectivement à 12 et 9 fuseaux, deux rouets à alluchons (60 et 50 dents) et leurs gros fers. L'arbre moteur, taillé à seize facettes selon une tradition charpentière ancienne, est équipé du système Berton, un perfectionnement permettant d'actionner deux couronnes de commande pour ouvrir ou fermer les ailes pendant la rotation — raffinement mécanique caractéristique du XIXe siècle. Un vestige de lame de frein en bois de peuplier et son levier sont toujours en place, témoins émouvants du dernier meunier à avoir actionné la machine en 1914.


