Moulin à eau dit "de la Chaussée" ou du "grand Chenillé"
Dernier moulin à roue tournante sur la Mayenne, le moulin de la Chaussée à Chenillé-Changé conjugue six siècles d'histoire meunière, des mécanismes préservés et un écrin de verdure angevin d'une rare authenticité.
Histoire
Au fil tranquille de la Mayenne, à Chenillé-Changé, le moulin de la Chaussée — également connu sous le nom de moulin du Grand Chenillé — s'impose comme un témoin exceptionnel du patrimoine industriel rural de l'Anjou. Inscrit aux Monuments Historiques depuis 2005, il détient un titre que peu d'édifices de ce type peuvent encore revendiquer : celui d'abriter la dernière roue hydraulique en activité sur la Mayenne, un fait qui le distingue radicalement de tous les moulins restaurés à vocation purement muséographique. Ce qui rend le lieu véritablement singulier, c'est la superposition lisible de ses époques. Le corps de bâtiment originel, dont les fondations remontent au XVIe siècle, dialogue sans heurt avec la tour carrée à quatre niveaux érigée au tournant du XXe siècle pour accueillir les équipements de minoterie industrielle. Cette greffe architecturale, audacieuse pour l'époque, raconte à elle seule la mutation du monde paysan entre meunerie artisanale et production mécanisée. La visite s'articule autour du spectacle vivant de la roue en mouvement, dont le bruissement régulier et le clapotis de l'eau constituent une expérience sensorielle à part entière. Les mécanismes intérieurs — meules, engrenages en bois et en fonte, trémies — conservent une cohérence rare qui permet de comprendre intuitivement la chaîne de transformation du grain en farine. Les amateurs de photographie y trouveront des compositions exceptionnelles, entre reflets sur la rivière et maçonnerie patinée par les siècles. Le cadre naturel renforce l'immersion : le moulin s'inscrit dans un paysage de bocage angevin préservé, bordé par les berges plantées de la Mayenne, typiques de cette vallée que les amateurs de tourisme fluvial affectionnent particulièrement. La commune de Chenillé-Changé, dont le bourg médiéval conserve également une église romane, invite à une promenade plus large dans ce territoire discret mais profondément attachant du Maine-et-Loire.
Architecture
Le moulin de la Chaussée présente une morphologie composite, fruit de ses strates constructives successives. Le corps principal, hérité du XVIe siècle, est caractéristique des moulins de rivière angevins : bâtisse basse en moellons de schiste et de tuffeau local, couverte d'une toiture à faible pente, directement posée sur la chaussée qui règle la chute d'eau alimentant la roue. Cette dernière, à augets ou à palettes selon la hauteur de chute disponible, constitue la pièce maîtresse du dispositif : sa présence en activité en fait un objet technique vivant d'une valeur documentaire irremplaçable. L'adjonction de 1902 modifie sensiblement la silhouette de l'ensemble. La tour carrée de quatre niveaux, construite en moellons appareillés avec des encadrements de baies en pierre de taille, introduit une verticalité industrielle étrangère à l'architecture rurale traditionnelle. Ses grandes fenêtres à petits carreaux, destinées à éclairer les salles de travail, et ses planchers en bois massif portés par une charpente robuste témoignent d'une rationalité fonctionnelle propre à l'architecture industrielle de la Belle Époque. À l'intérieur, la lecture des niveaux successifs permet de suivre le cheminement du grain depuis sa réception en hauteur jusqu'à la farine extraite en bas, selon le principe gravitaire universel de la meunerie. Meules de grès ou de silex, bluteries, engrenages en bois de charme et pièces métalliques coexistent, formant un ensemble mécanique dont la cohérence illustre plusieurs siècles d'ingénierie populaire appliquée à la transformation des céréales.


