Niché entre deux bras du Sulon, ce moulin à eau breton du XVIIe siècle abrite un trésor insoupçonné : des archures en bois sculpté de croix, de soleils et d'étoiles, chef-d'œuvre de l'art populaire breton daté 1807.
Dissimulé dans un méandre verdoyant du Sulon, le moulin de Kermarc'h est l'un de ces monuments que la Bretagne intérieure réserve aux voyageurs curieux, loin des circuits touristiques balisés. Édifié vraisemblablement au milieu du XVIIe siècle dans l'écart du même nom, à Saint-Nicolas-du-Pélem, il occupe une position exceptionnelle : assis entre deux bras d'eau, il bénéficiait autrefois de deux roues hydrauliques simultanées, configuration rare qui doublait sa puissance de mouture et garantissait une activité quasi continue quelle que soit la saison. Ce qui distingue radicalement Kermarc'h d'un simple moulin breton ordinaire, c'est la qualité extraordinaire de son décor intérieur. Les archures — le coffrage en bois entourant les meules — ont été sculptées en 1807 avec un soin et une inventivité dignes d'un ébéniste de cathédrale. Croix, palmes, soleils, lunes, étoiles et triangles s'y succèdent en bas-relief, formant un programme iconographique qui mêle dévotion chrétienne et symbolisme cosmique. On pense spontanément aux lits clos ornés que l'on trouve dans les musées bretons d'art et de traditions populaires : ici, c'est un outil de labeur quotidien qui a bénéficié du même traitement, preuve que l'art populaire breton ne distinguait pas entre beau et utile. La visite du moulin est une expérience à la fois intime et instructive. L'édifice, de petites dimensions, se parcourt rapidement, mais chaque détail mérite l'attention : la porte basse en plein-cintre qui impose de s'incliner pour entrer, le massif maçonné sur lequel reposent les deux paires de meules, le cabestan de levage toujours en place, et bien sûr les archures sculptées que l'on découvre dans la pénombre avec une surprise teintée d'émotion. À l'étage, la petite chambre avec cheminée rappelle que des hommes ont vécu là, au rythme de l'eau et de la pierre. Le cadre naturel ajoute à l'enchantement. Le Sulon, rivière modeste mais vive, longe l'édifice avec un murmure constant. Le logement du meunier, sur la rive est, complète l'ensemble architectural pour former un tableau parfaitement cohérent d'une exploitation meunière bretonne. Autour, les landes et les bocages du Kreiz Breizh offrent un horizon de tranquillité propice à la contemplation. Inscrit aux Monuments Historiques depuis 1987, le moulin de Kermarc'h est aujourd'hui un témoin précieux d'une civilisation rurale disparue, celle des campagnes bretonnes de l'Ancien Régime et du XIXe siècle.
Le moulin de Kermarc'h est construit en moellons de granit appareillés à joint vif, matériau omniprésent dans le bâti traditionnel du Kreiz Breizh. L'édifice, de petites dimensions mais aux proportions soigneusement équilibrées, s'organise sur deux niveaux : le rez-de-chaussée consacré aux mécanismes de mouture, accessible par une porte basse en plein-cintre caractéristique de l'architecture rurale bretonne du XVIIe siècle, et le comble aménagé en petite chambre avec cheminée — logement de fortune pour le meunier ou espace de stockage. La toiture en ardoise à pureau décroissant, posée sur des pignons découverts à pierres assisées, a remplacé un chaume primitif, évolution typique des XIXe et XXe siècles en Basse-Bretagne. L'intérieur révèle un équipement meulier remarquablement bien conservé. Deux paires de meules reposent sur un massif maçonné surélevé, disposition fonctionnelle destinée à faciliter l'évacuation de la farine. Un levage à cabestan, positionné au-dessus de la meule courante, permettait de soulever cette dernière pour procéder au piquage — l'opération d'entretien qui consistait à raviver les sillons de la pierre afin de maintenir son efficacité de mouture. Mais c'est le coffrage en bois qui constitue la pièce maîtresse du site : les archures, encadrant les meules, sont ornées de panneaux moulurés et sculptés en bas-relief représentant croix, palmes, soleil, lune, étoile et triangle. Ce décor, daté 1807, rappelle par sa facture et son iconographie l'art du lit clos breton, conjuguant maîtrise du ciseau et profondeur symbolique.
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Saint-Nicolas-du-Pélem
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