Joyau néo-gothique de l'Anjou, le château de Montivert (1893-1895) évoque avec élégance les fastes du roi René, mêlant tourelles crénelées et raffinements d'une demeure bourgeoise de la Belle Époque.
Niché dans le bocage angevin, aux abords du Vieil-Baugé, le château de Montivert est l'une des expressions les plus abouties du renouveau néo-gothique en Maine-et-Loire. Construit à l'orée du XXe siècle, il ne cherche pas à singer maladroitement le Moyen Âge, mais à en distiller l'esprit à travers le filtre sensible de la Renaissance angevine — celle du roi René, prince lettré et mécène, qui fit de l'Anjou l'un des foyers les plus rayonnants de la culture française du XVe siècle. Ce qui distingue Montivert d'une simple fantaisie romantique, c'est la rigueur avec laquelle son architecte, Laffilée, a orchestré les références : tourelles d'angle à mâchicoulis, lucarnes à gâbles ouvragés, appareil de tuffeau blanc caractéristique de la vallée de la Loire — autant de clins d'œil érudits aux grandes demeures seigneuriales angevines. Le tout forme un ensemble cohérent, à la fois imposant et intime, qui s'inscrit avec naturel dans un paysage doux et verdoyant. L'expérience de visite y est marquée par ce sentiment singulier de traverser les époques sans rupture : le château semble avoir toujours été là, comme s'il avait poussé organiquement de la terre angevine. Ses façades finement sculptées dialoguent avec les arbres anciens du parc, offrant aux amateurs de photographie une palette de points de vue remarquables, notamment au crépuscule quand la pierre blanche s'embrase. Pour le visiteur passionné d'architecture ou d'histoire régionale, Montivert représente un témoignage précieux de la manière dont la bourgeoisie cultivée de la fin du XIXe siècle entendait habiter son temps : en se projetant dans un passé glorieux tout en jouissant du confort moderne. Un château à part, discret, qui récompense largement la curiosité.
Le château de Montivert s'inscrit dans le courant néo-gothique tardif, courant qui, à la différence du néo-gothique romantique des décennies précédentes, cherche une fidélité plus documentée aux sources médiévales régionales. L'architecte Laffilée a délibérément orienté son travail vers les modèles angevins du XVe siècle : on retrouve ainsi les tourelles d'angle à encorbellement, les crénelages décoratifs, les lucarnes à gâbles flamboyants et les fenêtres à meneaux qui caractérisent les manoirs et châteaux de la vallée de la Loire à l'époque du roi René. La pierre de tuffeau — calcaire tendre, blanc et lumineux extrait des falaises troglodytiques de la région — est le matériau dominant, fidèle à la tradition constructive angevine. Elle confère à l'édifice cette teinte crème caractéristique qui capte et restitue admirablement la lumière de l'Anjou. Les toitures en ardoise bleue, à pentes marquées et ornées de souches de cheminées ouvragées, complètent la silhouette pittoresque de l'ensemble et lui donnent ce profil immédiatement reconnaissable dans le paysage bocager. Le plan général adopte une disposition en U ou en L, avec un corps de logis principal flanqué d'ailes en retour et de tourelles hors-œuvre, créant une composition asymétrique pleine de dynamisme visuel. À l'intérieur, les dispositions d'origine témoignent du soin apporté au confort bourgeois de la fin du XIXe siècle, mariant l'apparat néo-médiéval — cheminées monumentales sculptées, boiseries et décors inspirés des arts décoratifs gothiques — aux exigences modernes de commodité propres à la Belle Époque.
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Le Vieil-Baugé
Pays de la Loire