Château de Montferrand
Sentinelle de pierre dressée sur son promontoire périgourdin, Montferrand livre encore les vestiges de son imposant donjon carré du XIIe siècle et de ses enceintes concentriques, témoins d'une puissance médiévale farouche.
Histoire
Perché sur le rebord d'un plateau du Périgord pourpre, à deux pas du village pittoresque de Montferrand-du-Périgord, le château de Montferrand est l'un de ces ruinous magnifiques qui parlent plus haut que bien des forteresses conservées. Sa silhouette fragmentée mais éloquente se découpe sur un ciel souvent baigné de la lumière dorée du Périgord, entre châtaigniers centenaires et calcaire blond, offrant une leçon d'histoire à ciel ouvert. Ce qui rend Montferrand singulier, c'est la sophistication de son dispositif défensif médiéval. Contrairement aux simples tours isolées, le château était organisé en deux enceintes concentriques séparées par des douves taillées à même le rocher — une prouesse technique qui témoigne d'une maîtrise exceptionnelle des techniques de fortification du XIIe siècle. Le gros donjon carré crénelé, cœur de cette architecture guerrière, domine encore le paysage avec une autorité intacte malgré les siècles. La visite des abords et des ruines invite à une déambulation contemplative. Le visiteur attentif distingue les assises des courtines qui reliaient jadis des tours rondes de flanquement — un plan savant hérité des grands chantiers castraux de la période capétienne. La profonde tranchée creusée dans le sol pour isoler le château du plateau environnant est encore lisible dans la topographie, donnant une idée saisissante de l'ingéniosité des bâtisseurs. Le cadre naturel renforce l'émotion patrimoniale : les vallées du Couze et de la Bessède se déploient en contrebas, offrant aux photographes et aux amateurs de paysages des panoramas d'une rare qualité. À moins d'un kilomètre, le village médiéval de Montferrand-du-Périgord, avec sa halle couverte et son église romane, complète un tableau d'une cohérence historique remarquable.
Architecture
Le château de Montferrand illustre parfaitement le modèle de la forteresse médiévale à enceintes concentriques, tel qu'il se développe dans le sud-ouest de la France à partir du XIIe siècle. Son plan repose sur deux enceintes successives séparées par une douve sèche taillée à même le rocher calcaire du plateau, créant un système de défense en profondeur qui obligeait tout assaillant à franchir deux lignes de résistance avant d'atteindre le cœur du château. Cette disposition, coûteuse en travaux de terrassement, atteste des ressources et de l'ambition militaire de ses commanditaires. Pièce maîtresse de l'ensemble, le donjon carré crénelé du XIIe siècle s'élevait au-dessus des enceintes, dominant les alentours de sa masse imposante. Bâti en grand appareil calcaire extrait des affleurements locaux, il présente un plan quadrangulaire caractéristique des donjons romans, héritage de l'architecture normande diffusée dans tout l'espace angevin-plantagenêt. Ses créneaux, aujourd'hui partiellement arasés, en faisaient une plateforme de tir et d'observation redoutable. Les courtines reliant les différents éléments s'appuyaient sur des tours rondes de flanquement, innovation défensive importée de Terre Sainte par les croisés et largement répandue en France dès le XIIIe siècle, qui permettait d'éliminer les angles morts et d'assurer un tir rasant le long des murailles. La tranchée creusée pour isoler le château du plateau est l'un des éléments les plus remarquables du site : taillée dans le calcaire sur plusieurs mètres de profondeur et de largeur, elle constituait un obstacle naturel quasi infranchissable, suppléant avantageusement un fossé à eau dans cette topographie de plateau. Aujourd'hui encore, cette entaille dans la roche reste visible et palpable, offrant une des lectures archéologiques les plus immédiates et les plus saisissantes de l'ensemble fortifié.


