Château de Montastruc
Perché sur un socle rocheux cerné de douves, Montastruc mêle défenses médiévales et élégance classique du XVIIIe siècle, portant en ses pierres cinq siècles de conflits entre rois de France et d'Angleterre.
Histoire
Au cœur du Périgord, à Lamonzie-Montastruc, le château de Montastruc surgit de son assise rocheuse avec l'autorité d'un édifice qui a traversé les guerres, les sièges et les révolutions sans jamais perdre son âme. Protégé par de larges douves creusées dans la roche, il incarne l'évolution architecturale d'une forteresse médiévale transformée progressivement en demeure seigneuriale raffinée, un processus lisible jusque dans la superposition de ses styles. Ce qui rend Montastruc véritablement singulier, c'est cette stratification visible à l'œil nu : les substructures des XIIIe et XIVe siècles portent un corps de logis en retour d'équerre reconstruit à la fin du XVe siècle, auquel vient s'accoler au XVIIIe siècle un second bâtiment d'esprit classique, couronné d'un fronton. Deux architectures, deux sensibilités, deux époques dialoguent ainsi en une composition qui n'appartient qu'à lui. L'intérieur réserve une surprise de taille : un petit oratoire privé niché à l'étage, à la jonction de la façade ouest et de la tour nord-ouest. Ce sanctuaire intime de trois travées voûtées d'ogives, dont subsistent encore les culots sculptés des départs d'arcs, témoigne de la piété et du raffinement de ses seigneurs à l'aube de la Renaissance. Rare vestige d'une dévotion domestique, il constitue à lui seul un motif de visite. Le cadre participe à la magie du lieu. Les douves entourant le château, autrefois franchies par un pont-levis, créent une distance naturelle qui préserve l'impression de forteresse imprenable. L'ensemble, inscrit aux Monuments Historiques depuis 2001, se découvre dans une campagne périgourdine typique, entre bois et vallons, loin des foules et des itinéraires balisés, pour les visiteurs en quête d'authenticité.
Architecture
Le château de Montastruc repose sur un impressionnant socle rocheux naturel qui lui confère à la fois son assise défensive et son caractère visuel distinctif. Ceint de larges douves, il oppose aux assaillants une double barrière — l'eau et la roche — que franchissait autrefois un pont-levis, remplacé au XVIIIe siècle par un pont de pierre fixe. Des traces de courtine sur mâchicoulis courant à l'aplomb du socle témoignent de l'organisation défensive d'origine, caractéristique du château fort périgourdin des XIIIe-XIVe siècles. Le corps principal, reconstruit en 1471 sur les substructures médiévales plus anciennes, adopte un plan en retour d'équerre cantonné de trois tours, schéma courant dans l'architecture castrafe du Périgord à la fin du Moyen Âge. À l'étage, à la jonction de la façade ouest et de la tour nord-ouest, une légère avancée abrite un oratoire privé de trois travées voûtées d'ogives — élément rare et précieux, dont les culots sculptés portant les départs des arcs constituent le vestige le plus précieux de la décoration intérieure médiévale. La façade ouest semble avoir été agrandie au XVIe siècle par le remplissage de l'espace entre deux tours, densifiant le volume habitable. Le second bâtiment, accolé entre 1760 et 1780, traduit l'adoption du vocabulaire classique : fronton triangulaire sur le petit côté, ordonnancement régulier des ouvertures, et pavillon terminal sur le grand côté. Cette aile illustre parfaitement l'aspiration des seigneurs des Lumières à moderniser leurs demeures tout en conservant le prestige de l'édifice historique. La cage d'escalier intérieure, où subsiste le tracé de la troisième tour disparue, offre un dialogue saisissant entre les deux époques constructives.


