Sentinelle de pierre dressée depuis le Néolithique sur la presqu'île de Rhuys, la Quenouille de Jeannette est l'un des menhirs les plus évocateurs du Morbihan, gardien silencieux d'un territoire sacré vieux de 5 000 ans.
Sur la presqu'île de Rhuys, à deux pas du golfe du Morbihan, se dresse une figure de pierre que les siècles n'ont pas effacée : le menhir dit « Fuseau » ou « Quenouille de Jeannette ». Ce monolithe néolithique, inscrit aux Monuments Historiques depuis 1969, appartient à ce peuple silencieux de mégalithes qui parsème la Bretagne méridionale, témoins d'une civilisation disparue mais dont la présence reste d'une puissance saisissante. Le surnom populaire du menhir révèle toute la richesse du rapport que les habitants de Sarzeau ont entretenu avec lui au fil des générations. « Quenouille de Jeannette » — cette désignation féminine, intimement liée à l'image du filage et du tissage, est typique des noms attribués aux menhirs bretons dans le folklore local. Elle évoque une figure tutélaire féminine, peut-être une fée ou une sainte populaire, qui aurait abandonné là son outil, pétrifiée par un sort ou par la grâce divine. Cette double dénomination — le savant « Fuseau » et le populaire « Quenouille de Jeannette » — souligne à merveille la coexistence d'une lecture descriptive et d'une mémoire vivante, transmise oralement de village en village. Visiter ce menhir, c'est s'offrir une expérience de rupture temporelle. Le monolithe se profile dans un paysage breton caractéristique, entre landes, bocage et horizon maritime, à quelques kilomètres des eaux calmes du golfe du Morbihan. La presqu'île de Rhuys est un territoire particulièrement riche en mégalithes, ce qui permet d'inscrire la Quenouille de Jeannette dans un parcours archéologique plus vaste, notamment en direction du château de Suscinio ou du bourg médiéval de Sarzeau. Le menhir se présente comme une haute stèle élancée, à la silhouette effilée que son surnom de « fuseau » illustre parfaitement. Sa verticalité dans l'espace ouvert produit un effet visuel saisissant, particulièrement aux heures où la lumière rasante de l'aube ou du couchant découpe sa forme sur le ciel. Pour le photographe comme pour l'amateur d'archéologie, il constitue un sujet de premier ordre, discret mais inoubliable. Bien que peu mis en valeur par des aménagements touristiques, ce menhir n'en recèle pas moins une profondeur historique et symbolique remarquable. Il rappelle que la Bretagne n'est pas seulement la terre des cathédrales gothiques ou des manoirs Renaissance, mais d'abord ce laboratoire à ciel ouvert de la préhistoire européenne, dont les monuments mégalithiques constituent l'un des héritages les plus spectaculaires et les plus énigmatiques.
Le menhir dit Fuseau ou Quenouille de Jeannette appartient à la catégorie des menhirs isolés, par opposition aux alignements de Carnac ou aux ensembles en cromlech. Sa forme élancée et fuselée — caractéristique qui lui a précisément valu son surnom — évoque un monolithe taillé ou naturellement sélectionné pour sa verticalité prononcée et son profil effilé vers le sommet, rappelant visuellement la silhouette d'un fuseau à filer la laine. Comme la grande majorité des menhirs du Morbihan, il est vraisemblablement constitué de granite local ou de schiste, roches abondantes dans le sous-sol breton et particulièrement résistantes aux agents d'érosion. La surface du monolithe, piquetée par les millénaires d'exposition aux intempéries atlantiques, présente probablement des traces de lichens et de patine naturelle qui accentuent son intégration dans le paysage végétal environnant. Sa hauteur, typique des menhirs isolés de la région de Rhuys, peut être estimée entre deux et quatre mètres au-dessus du sol, bien que sa partie inférieure soit ancrée profondément dans la terre pour assurer sa stabilité. L'orientation du menhir, comme souvent pour ces monuments néolithiques, n'est sans doute pas fortuite : les bâtisseurs de l'époque accordaient une importance majeure aux alignements solaires et lunaires, et la position du monolithe dans son environnement paysager pouvait marquer un point de repère astronomique, une frontière territoriale ou l'axe d'un espace cérémoniel aujourd'hui disparu. Sa solitude apparente dans le paysage de la presqu'île de Rhuys n'exclut pas qu'il ait jadis fait partie d'un ensemble plus vaste dont les autres éléments n'auraient pas survécu.
Fermé
Vérifier les horaires en saison
Sarzeau
Bretagne