Sentinelle de pierre dressée depuis le Néolithique, le Fuseau de Margot à Plédran est l'un des menhirs les plus singuliers des Côtes-d'Armor, chargé de légendes celtes et classé Monument Historique.
Au cœur du bocage briochin, à quelques kilomètres de Saint-Brieuc, le menhir dit de la Touche-Bude — plus poétiquement surnommé le Fuseau de Margot — s'élève dans le paysage rural de Plédran comme un doigt de granit tendu vers le ciel. Ce monolithe néolithique, planté il y a plus de cinq millénaires, appartient à cette famille de mégalithes solitaires qui ponctuent le territoire breton de manière si caractéristique, témoins silencieux d'une humanité préhistorique dont les croyances et les pratiques nous échappent encore en grande partie. Ce qui rend le Fuseau de Margot particulièrement remarquable, c'est d'abord son surnom : « Margot » est une figure récurrente du folklore breton et du Centre-Ouest de la France, souvent associée à des êtres féminins surnaturels — sorcières, fées ou fileuses nocturnes — qui auraient pétrifié ou érigé ces pierres au cours de leurs errances légendaires. Le terme « fuseau » évoque la forme élancée et légèrement fuselée du monolithe, qui rappelle cet outil à filer la laine, renforçant l'imaginaire attaché à la pierre. Cette double nomination — nom de lieu-dit et surnom légendaire — est en elle-même un précieux document d'histoire orale. L'expérience de la visite est celle d'un face-à-face intime avec la préhistoire. Le menhir se découvre au détour d'un chemin rural, sans mise en scène touristique excessive, ce qui préserve une authenticité rare. Le visiteur est invité à s'interroger sur la destination première du monument : jalonnement d'un territoire, marqueur funéraire, repère astronomique ou lieu de culte ? Aucune réponse définitive ne s'impose, et c'est précisément cette ambiguïté qui nourrit la fascination. Le cadre naturel participe pleinement à l'émotion du lieu. Les champs et les haies du bocage costarmoricain entourent la pierre d'une végétation dense et changeante selon les saisons. Au printemps, les genêts en fleur et les aubépines blanches créent un écrin doré et parfumé ; en automne, les brumes matinales qui s'accrochent aux talus confèrent au menhir une atmosphère quasi mystique. Photographes et amateurs de patrimoine naturel y trouveront un sujet aussi graphique qu'émouvant.
Le menhir de la Touche-Bude est un monolithe de granite, roche caractéristique du socle armoricain, extrait et façonné — plus exactement sélectionné pour sa forme naturelle — par les populations néolithiques du secteur. Sa silhouette élancée et légèrement renflée vers la base, qui lui vaut son surnom de « fuseau », est typique des menhirs bretons de grande taille : la pierre présente une section irrégulière, à peine dégrossie, conservant l'aspect brut du granit avec ses inclusions de feldspath, de quartz et de mica visibles en lumière rasante. La hauteur hors-sol du monolithe, vraisemblablement comprise entre deux et quatre mètres, est dans la norme des menhirs isolés des Côtes-d'Armor, sans atteindre les dimensions exceptionnelles des géants de la région morbihannaise. L'implantation du menhir dans le sol est profonde : selon les pratiques néolithiques bien documentées sur d'autres sites, le tiers inférieur environ de la pierre est enfoui, ce qui assure la stabilité verticale de l'ensemble sans aucun liant ni fondation maçonnée. La face exposée aux intempéries depuis des millénaires présente une patine caractéristique, couverte de lichens orangés, gris et noirs qui colonisent la surface granitique et participent à l'aspect vénérable du monument. Aucun décor gravé — cupules, haches polies ou zigzags — n'a été signalé sur ce menhir, contrairement à certains exemplaires bretons ornés, ce qui reste la situation majoritaire pour les menhirs isolés de cette région.
Fermé
Vérifier les horaires en saison
Plédran
Bretagne