Mas Vaillen ou mas Gaudibert
Au cœur des Alpilles, ce mas provençal du XVIIIe siècle cache un trésor rare : un panoramique de papier peint de 1818 illustrant la campagne d'Égypte de Napoléon, chef-d'œuvre imprimé à Paris.
Histoire
Niché au milieu des terres agricoles de Mas-Blanc-des-Alpilles, le mas Vaillen — également connu sous le nom de mas Gaudibert — est l'un de ces édifices discrets dont la sobriété extérieure dissimule une richesse intérieure hors du commun. Loin de l'agitation touristique des Baux-de-Provence toutes proches, cette demeure de maître incarne l'élégance tranquille de l'aristocratie terrienne provençale de la fin de l'Ancien Régime et des premières décennies du XIXe siècle. Ce qui distingue radicalement le mas Vaillen de ses homologues régionaux, c'est l'exceptionnelle conservation de son salon du rez-de-chaussée, habillé d'un ensemble de papiers peints panoramiques imprimé en 1818 par une manufacture parisienne. Intitulé « Les Français en Égypte » ou « La bataille d'Héliopolis », ce panoramique déploie sur plusieurs mètres linéaires un récit visuel épique de la campagne d'Orient napoléonienne, mêlant orientalisme romantique et ferveur patriotique dans une palette de couleurs d'une fraîcheur remarquable. L'ensemble architectural se compose d'une maison de maître prolongée à l'est par un corps de communs, le tout formant un ensemble cohérent et homogène caractéristique des grandes exploitations agricoles des Alpilles. Au sud, un jardin de buis soigneusement entretenu délimite un espace clos qui tempère la lumière ardente de la Provence et invite à une déambulation méditative entre les ifs taillés et les senteurs résineuses. Pour le visiteur passionné d'arts décoratifs ou d'histoire napoléonienne, le mas Vaillen constitue un rendez-vous incontournable. Rares sont les demeures privées à conserver in situ un tel panoramique, dont les homologues se trouvent désormais le plus souvent dans les réserves des musées. Ici, le papier peint vit encore dans son contexte originel, éclairé par la lumière provençale qui glisse depuis les fenêtres à petits carreaux, exactement comme au temps de ses premiers propriétaires.
Architecture
Le mas Vaillen illustre avec sobriété le type de la grande maison de maître provençale de la fin du XVIIIe siècle, sans ostentation mais avec une solidité et un équilibre qui témoignent d'une main d'œuvre qualifiée et d'un maître d'ouvrage exigeant. L'ensemble se développe selon un plan longitudinal : la maison de maître constitue le corps principal, prolongé à l'est par un bâtiment de communs destiné aux activités agricoles — remises, granges, logements de métayers — selon l'usage constant dans les exploitations des Alpilles. Les façades, vraisemblablement en pierre calcaire locale typique de la région, adoptent le registre classique tardif en vogue dans la Provence du règne de Louis XVI : ordonnancement régulier des baies, modénature discrète, toiture à faible pente couverte de tuiles canal. Au sud, un jardin de buis taillé ferme l'espace entre la maison et les dépendances, ménageant un retrait ombragé et une transition douce entre le monde agricole et l'espace résidentiel. L'intérêt architectural majeur du mas réside cependant dans son décor intérieur. Le salon du rez-de-chaussée, pièce de réception principale, conserve sur ses quatre murs le panoramique « Les Français en Égypte », imprimé en 1818. Ce type de papier peint panoramique, dont les manufactures de Zuber à Rixheim ou Dufour à Paris étaient les grands spécialistes, se distingue par des rouleaux non répétitifs formant une scène continue autour de la pièce. Le rendu mêle architectures orientales stylisées, figures militaires en uniformes du Consulat et paysages nilotiques dans une composition aux coloris chauds et contrastés, caractéristique de l'orientalisme néoclassique du premier quart du XIXe siècle. La menuiserie intérieure — boiseries, chambranles, parquet — accompagne ce décor avec la discrétion raffinée propre au style Directoire-Empire.


