Manoir Renaissance dit Mas de la Brune
Joyau Renaissance niché dans les Alpilles, le Mas de la Brune à Eygalières fascine par son architecture italianisante d'une rare élégance et ses jardins à la française encadrés de buis centenaires.
Histoire
Au cœur des Alpilles, dans le village perché d'Eygalières, le Mas de la Brune s'impose comme l'une des demeures Renaissance les plus raffinées de Provence. Loin des grandes forteresses médiévales de la région, ce manoir révèle une sensibilité architecturale tout à fait singulière, mêlant le vocabulaire ornemental de la Renaissance italienne à la robustesse constructive provençale. Sa façade soigneusement composée, rythmée de pilastres et de fenêtres à meneaux, témoigne d'un commanditaire cultivé, au fait des modes artistiques qui traversaient alors l'Europe depuis la péninsule italienne. Ce qui rend le Mas de la Brune véritablement exceptionnel, c'est la cohérence de son ensemble : le corps de logis principal, ses dépendances et son jardin forment un tout harmonieux, préservé avec une remarquable intégrité depuis le XVIe siècle. Là où tant de demeures similaires ont subi des remaniements successifs qui en ont brouillé la lecture, le Mas de la Brune a su conserver son unité stylistique, faisant de lui un document architectural vivant d'une précision rare. Visiter le Mas de la Brune, c'est faire l'expérience d'un temps suspendu. Les jardins, structurés selon les principes de la composition classique avec leurs parterres géométriques et leurs haies taillées, offrent un écrin végétal qui dialogue avec la pierre blonde de Provence. Le soleil des Alpilles, particulièrement lumineux en fin de journée, révèle les reliefs des sculptures et la chaleur de la pierre calcaire, créant une atmosphère à la fois intime et majestueuse. Le cadre d'Eygalières lui-même contribue au charme de la visite. Ce village aux ruelles escarpées, aux maisons de pierre ocre et aux oliviers millénaires, constitue l'un des plus beaux décors de la Provence intérieure. Depuis les abords du manoir, le regard se perd vers les crêtes dentées des Alpilles, ce massif calcaire que Van Gogh lui-même a magnifié depuis Saint-Rémy-de-Provence, toute proche.
Architecture
Le Mas de la Brune présente une architecture qui illustre avec éclat la manière dont les commanditaires provençaux du XVIe siècle ont su adapter les canons de la Renaissance italienne au contexte local. La façade principale, orientée pour bénéficier de l'ensoleillement méridional, est ordonnancée avec rigueur : des pilastres corinthiens scandent la travée, encadrant des fenêtres à croisée de pierre ou à meneaux dont les chambranles sont ornés de moulures délicatement travaillées. Un entablement soigneusement profilé couronne l'ensemble, témoignant de la maîtrise d'un maître maçon ou d'un architecte familier des traités de Vitruve ou de Serlio, alors largement diffusés en Provence. La construction fait appel à la pierre calcaire des Alpilles, ce matériau local d'un blanc doré qui vieillit magnifiquement et que l'on retrouve dans toutes les grandes réalisations architecturales de la région, des Antiques de Glanum aux remparts des Baux-de-Provence. Les toitures, à faible pente selon la tradition provençale, sont couvertes de tuiles canal rondes et patinées, dont la teinte ocre-rouge contraste harmonieusement avec la blondeur de la pierre. Le plan du manoir s'organise autour d'un corps de logis principal rectangulaire, flanqué de dépendances agricoles qui rappellent la double vocation, résidentielle et agricole, de la propriété. Le jardin constitue l'autre grand atout architectural de l'ensemble. Conçu dans l'esprit des jardins formels de la Renaissance et du XVIIe siècle, il déploie des parterres géométriques bordés de buis taillés, des allées dallées de pierre et des éléments décoratifs — vasques, bancs de pierre, statues — qui prolongent vers l'extérieur le raffinement du logis. Cet ensemble paysager, rare dans sa conservation, est considéré comme l'un des jardins Renaissance-classiques les mieux préservés de Provence, comparable en qualité, si ce n'est en dimension, aux jardins des grandes bastides aixoises.


