Joyau de l'aristocratie malouine, la malouinière de Rivasselou incarne avec rigueur l'élégance sobre du XVIIIe siècle finissant : symétrie parfaite, lambris Louis XVI d'origine et jardin clos à la française.
À quelques encablures des remparts de Saint-Malo, la malouinière de Rivasselou s'impose comme l'un des exemples les plus accomplis d'un type architectural propre à la Bretagne du Soleil-Levant : la malouinière. Ces demeures de plaisance, érigées par les armateurs et corsaires enrichis par le commerce maritime et la course, constituent un patrimoine unique en France, nées de la fortune du grand large et de l'ambition de familles qui entendaient afficher leur réussite sur terre ferme. Bâtie en 1789, à la veille d'un bouleversement qui allait changer le visage du pays, Rivasselou témoigne d'un art de vivre aristocratique parvenu à son apogée. Son plan canonique — corps central encadré de deux pavillons légèrement surélevés, cour d'honneur strictement séparée du jardin d'agrément par un mur de clôture — répond à une logique de représentation sociale autant qu'à un idéal esthétique. Ici, tout est affaire de proportion et de mesure. Ce qui distingue Rivasselou de ses homologues malouines, c'est la qualité remarquable de ses intérieurs préservés. Les lambris Louis XVI du rez-de-chaussée, sculptés avec une délicatesse caractéristique du style de la fin de l'Ancien Régime, ont traversé plus de deux siècles sans perdre leur noblesse. Moulures fines, panneautages sobrement ornementés, boiseries d'un blanc légèrement patiné : on y respire l'atmosphère feutrée des salons où se traitaient les grandes affaires maritimes de la cité corsaire. Le jardin, séparé avec soin de la cour de service, offre un écrin de verdure discret et ordonné, dans la tradition des jardins clos bretons. Contrairement aux grandes demeures de la noblesse de cour, la malouinière n'affiche aucun décor ostentatoire en façade — sa distinction se joue dans la perfection des volumes et la rigueur des alignements. C'est une architecture de gens sérieux, qui préfèrent la qualité à l'apparat. Inscrite aux Monuments Historiques en 2000, Rivasselou demeure une propriété privée jalousement préservée, ce qui lui confère une authenticité rare. Elle s'adresse avant tout aux amateurs d'architecture civile du XVIIIe siècle, aux passionnés d'histoire maritime et à tous ceux qui cherchent, loin des foules touristiques, une rencontre intime avec le patrimoine bretonne le plus authentique.
La malouinière de Rivasselou illustre avec une fidélité exemplaire les principes du type architectural malouinière, tel qu'il s'est cristallisé au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles. Le plan en U ouvert sur la cour d'honneur, avec un corps central plus élevé flanqué de deux pavillons légèrement plus bas, confère à l'ensemble une silhouette d'une parfaite symétrie bilatérale. L'élévation sobre, sans ornements sculptés en façade ni décor exubérant, est caractéristique d'un courant architectural régional qui faisait de la pureté des volumes sa principale vertu esthétique — bien éloigné des fastes versaillais, mais non sans élégance. Les matériaux utilisés sont sans doute ceux que l'on retrouve dans toutes les grandes malouinières de la région : le granite bleu-gris du pays malouin, taillé avec précision pour les encadrements de fenêtres et les chaînes d'angle, et les toitures à forte pente couvertes d'ardoise bretonne, adaptées aux vents marins et aux pluies abondantes du littoral. Les fenêtres à petits bois, régulièrement espacées, rythment les façades et participent à l'harmonie des proportions. L'intérieur réserve la véritable surprise de Rivasselou : les lambris Louis XVI du rez-de-chaussée, intacts depuis leur pose en 1789, constituent un ensemble décoratif d'une grande qualité. Ces boiseries sculptées en panneaux encadrés de moulures fines, peintes ou dorées à l'origine selon les conventions du style Louis XVI, habillent le salon et la salle à manger — les deux pièces nobles du corps central. Leur conservation exceptionnelle permet d'apprécier le savoir-faire des menuisiers et sculpteurs sur bois bretons de la fin de l'Ancien Régime, qui surent assimiler le vocabulaire néoclassique tout en l'adaptant au goût local.
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