Élégante malouinière du XVIIe siècle nichée à Saint-Coulomb, ancienne demeure des Magon de la Chipaudière : terrasses à la française, chapelle privée et parc paysager offrent un voyage dans l'art de vivre malouin.
Au cœur de la campagne dorée du pays malouin, à quelques encablures des remparts de Saint-Malo, la Ville-Bague s'impose comme l'une des malouinières les plus évocatrices de la côte d'Émeraude. Ce domaine, dont l'âme porte l'empreinte des grandes dynasties négociantes qui firent la fortune de la cité corsaire, conjugue avec une rare harmonie l'architecture domestique classique et l'art des jardins à la française. La malouinière, genre architectural propre à l'arrière-pays malouin, se distingue par ses volumes sobres et équilibrés, sa silhouette austère rehaussée de détails raffinés, et surtout par l'articulation savante de ses espaces extérieurs. À la Ville-Bague, cet art atteint un accomplissement particulier : les terrasses étagées, héritières d'un plan géométrique du XVIIIe siècle, descendent en paliers successifs vers un parc dont la perspective inspire un sentiment de maîtrise sereine du paysage. Le visiteur découvre ici un ensemble cohérent — logis, chapelle et jardins — qui témoigne de l'ambition sociale et culturelle des armateurs malouins. La chapelle privée, intime et soignée, rappelle que ces familles marchandes n'oubliaient jamais de mêler la piété au commerce. Le parc paysager du XIXe siècle, recomposé sur les bases du tracé ancien, ajoute une strate romantique à ce lieu déjà chargé d'histoire. La roseraie et le potager, aménagés en terrasse, sont autant d'invitations à une promenade lente et sensorielle. Pour le photographe, les heures matinales révèlent une lumière rasante sur les murs de granite sombre qui confère au domaine toute sa profondeur mélancolique. Pour le passionné d'histoire régionale, chaque pierre est un chapitre dans l'épopée des grandes familles qui construisirent la puissance maritime française.
La Ville-Bague illustre avec fidélité le type de la malouinière classique : un logis de plan rectangulaire, élévations en granite local, sobre et trapu, dont les proportions équilibrées évoquent la mesure et la solidité caractéristiques de l'architecture domestique du pays malouin des XVIIe et XVIIIe siècles. Les façades, rythmées par des travées régulières de fenêtres à meneaux ou à croisées, reflètent la maîtrise d'un programme architectural rigoureux, sans ostentation excessive mais non dénué d'élégance. La chapelle privée, adossée ou proche du corps de logis selon l'usage des grandes familles malouines, participe à la composition d'ensemble et témoigne de la piété ostentatoire de ses commanditaires. Ses volumes modestes, sa toiture en ardoise et son appareil de granite la rattachent au même registre architectural que le logis principal. Le jardin constitue la véritable singularité du domaine. Son organisation en terrasses étagées, dont l'enceinte et le tracé des deux premières ont été préservés, traduit une maîtrise des techniques d'aménagement paysager à la française. Les murs de soutènement en maçonnerie structurent les niveaux et délimitent les espaces, tandis que la roseraie et le potager du XIXe siècle témoignent de l'évolution des goûts horticoles. L'ensemble bâti et paysager forme un tout cohérent, typique de l'art de vivre des armateurs malouins en leur demeure de campagne.
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Bretagne